Enquête sur Air Liaison : une passoire appelée PAAR
Air Liaison a déplacé des employés en régions éloignées aux frais de l’État québécois, a appris Enquête..
Le Programme d’accès aérien aux régions (PAAR) est une initiative du gouvernement du Québec qui subventionne les billets d’avion vers des régions éloignées, comme la Basse-Côte-Nord. Lancé en décembre 2024 par la ministre des Transports Geneviève Guilbault (CAQ), il remplace un système de remboursement maximal de 500$ par aller-retour par une aide directe aux compagnies aériennes. Le PAAR offre des rabais de 50% à 85% sur le prix des billets. Par exemple, un trajet Québec-Chevery, normalement à 1710$, coûte 327$ grâce à cette subvention. Le programme est vital pour des régions sans routes reliant les villages, comme la Basse-Côte-Nord. En 2025-2026, le budget alloué était de 55 millions de dollars pour huit compagnies, mais 83 millions ont finalement été versés, soit 33% de plus que prévu.
Air Liaison est une compagnie aérienne québécoise basée à Québec, appartenant à l’entrepreneur Mathieu Gingras. Elle est la plus subventionnée par le PAAR, recevant environ un tiers de l’enveloppe totale, soit 25 millions de dollars en 2025-2026. L’entreprise emploie 160 personnes et dessert plusieurs régions, dont la Basse-Côte-Nord, où elle est le seul transporteur à offrir des vols réguliers. Le PAAR est normalement réservé aux déplacements personnels, mais en décembre 2024, une directive interne d’Air Liaison demande à ses employés d’utiliser ce programme pour leurs déplacements professionnels, ce qui est interdit. La compagnie gère aussi Héli-Express et SkyJet, deux autres entreprises de transport aérien.
Entre juillet 2025 et avril 2026, Air Liaison a utilisé le PAAR pour 844 déplacements de ses employés, totalisant 573 277,83$. Ces trajets, normalement à la charge de l’employeur, ont été financés par l’État. Par exemple, un billet Québec-Chevery pour un pilote, facturé 247,45$ avec le rabais PAAR, a été réservé à l’identique en 2026 pour confirmer l’utilisation abusive du programme. Les employés s’inquiétaient des conséquences juridiques, comme en témoignent des échanges internes où l’un d’eux craint de devoir rembourser des billets à 2000$. Le ministère des Transports (MTMD) a confirmé que ces pratiques violaient les règles du PAAR.
En plus des déplacements professionnels, Air Liaison a utilisé le PAAR pour financer des billets de concours, comme des voyages pour assister à des matchs du Canadien de Montréal ou à des spectacles. Ces réservations ont également bénéficié du rabais gouvernemental, bien qu’elles ne soient pas admissibles au programme. Le MTMD a été informé de ces abus en mai 2026 par la compagnie, qui a reconnu avoir enfreint les règles. Ces révélations ont conduit à des discussions au sein du cabinet du ministre Benoit Charette, avant que l’UPAC n’intervienne.
Le 16 juin 2026, sept membres de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) ont perquisitionné le siège social d’Air Liaison à Québec. Cette opération s’inscrit dans le cadre d’une enquête menée en collaboration avec le MTMD depuis novembre 2025. Les enquêteurs ont passé la journée sur place, sans commenter publiquement l’objet de leur intervention. Cette perquisition fait suite à des signalements internes et à des preuves recueillies par l’émission Enquête de Radio-Canada, qui a révélé les abus du PAAR au sein de l’entreprise.
Le 2 juillet 2026, le ministre des Transports Benoit Charette a annoncé la résiliation du contrat d’Air Liaison avec le PAAR, une décision sans précédent. Cette exclusion fait suite à la confirmation des abus, notamment l’utilisation du programme pour des déplacements professionnels et des concours. Air Liaison a contesté cette décision, affirmant que les pratiques incriminées avaient été instaurées par un ancien cadre, Nabil El Attar, licencié en août 2025. La compagnie a demandé une révision de la décision et a entamé des poursuites judiciaires contre le MTMD. Le gouvernement a récupéré les sommes indûment perçues avec la collaboration d’Air Liaison.
Air Liaison a publié un communiqué contestant sa suspension du PAAR, la qualifiant d’infondée et injustifiée. L’entreprise affirme que les erreurs étaient limitées à un ancien employé et nie toute mauvaise foi. Mathieu Gingras, le PDG, a refusé de s’exprimer directement, mais une firme de relations publiques a déclaré que l’entreprise collaborerait pleinement avec les autorités. Parallèlement, Air Liaison poursuit Nabil El Attar pour concurrence déloyale, sans que ce dernier ne commente l’affaire. L’UPAC et le MTMD continuent leurs enquêtes, tandis que le gouvernement a récupéré les fonds détournés.

