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Géopolitique

Le paradoxe des influenceurs de la solitude

Courrier International · mis à jour il y a 9 j

Sur les réseaux sociaux, de plus en plus d’influenceurs vantent les plaisirs d’une vie avec peu ou pas de liens sociaux. Mais en documentant ce quotidien solitaire, ils rassemblent autour d’eux une communauté de plusieurs centaines de milliers d’internautes.

Nouveaux influenceurs

Depuis 2025, un nouveau type d’influenceurs est apparu sur les réseaux sociaux comme TikTok et Instagram : les influenceurs de la solitude. Ces créateurs de contenu, principalement de jeunes femmes introverties et citadines, revendiquent une vie sans amis, sans famille ni enfants, et mettent en scène leur quotidien solitaire. Leurs vidéos, souvent accompagnées de musiques douces, montrent des moments banals comme un trajet pour aller travailler, un repas seul dans un restaurant ou une routine du soir dans un appartement impeccable. Leur particularité ? Ils assument et même valorisent cette solitude, ce qui contraste avec l’image traditionnelle des réseaux sociaux où l’on partage surtout des moments sociaux et festifs. En 2026, ces influenceurs ont connu un essor massif, attirant des centaines de milliers d’abonnés.

Paradoxe social

Ces influenceurs de la solitude soulèvent un paradoxe : en documentant leur vie solitaire, ils créent malgré eux une communauté en ligne. Par exemple, Lanasololife, une Canadienne de 24 ans suivie par plus de 200 000 abonnés, a commencé à poster des vidéos en 2025 avec un titre explicite : « Tu es célibataire, tu n’as pas d’enfants, tu vis seule et tu es introvertie ». Le succès a été immédiat, avec des milliers d’internautes commentant leurs propres angoisses et expériences. Pourtant, ces influenceurs revendiquent une vie sans liens sociaux, alors que leur activité repose entièrement sur l’interaction avec leur audience. The Atlantic souligne que « partager sa solitude en ligne est une activité fondamentalement sociale », ce qui rend leur positionnement ambigu.

Ambivalence des créateurs

Derrière leur image assumée de vie solitaire, ces influenceurs cachent souvent une ambivalence. Lanasololife, par exemple, a confié à The Atlantic qu’elle appréciait sa tranquillité mais rêvait secrètement d’avoir un petit groupe d’amis proches. Cette contradiction reflète un besoin humain universel : l’être humain reste une « espèce sociale », comme le rappelle Melody Ding, épidémiologiste à l’université de Sydney. Même ceux qui choisissent la solitude ne peuvent完全 se couper du besoin de connexion, ce qui explique pourquoi ces contenus trouvent un écho si fort auprès du public.

Solitude partagée

La popularité de ces influenceurs s’inscrit dans un contexte plus large de solitude croissante. En 2025, une enquête de l’Association américaine de psychologie révélait que la moitié des adultes américains se sentent « souvent » isolés. Ces contenus offrent une forme de validation à ceux qui se reconnaissent dans ce mode de vie, d’autant que les réseaux sociaux exposent en permanence des vies idéalisées, nourrissant un sentiment de FOMO (Fear Of Missing Out, ou « peur de passer à côté de quelque chose »). Une chercheuse de l’université du Connecticut spécialisée dans les interactions en ligne explique que ces vidéos peuvent aider les personnes isolées à se sentir moins seules dans leur choix de vie.

Ce que ça pourrait changer

Ce phénomène interroge le rôle des plateformes comme TikTok ou Instagram, qui amplifient à la fois l’isolement et la quête de connexion. D’un côté, elles permettent à des communautés marginalisées de se retrouver et de partager leurs expériences. De l’autre, elles exposent les utilisateurs à des standards de vie souvent inaccessibles, ce qui peut renforcer des sentiments de solitude ou d’inadéquation. Les influenceurs de la solitude, en brisant un tabou, offrent une alternative : montrer que l’isolement peut être un choix assumé, même s’il reste teinté de contradictions.

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