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Géopolitique

Éthiopie : au Tigré, le retour d’une guerre qui n’a jamais vraiment pris fin

Courrier International · mis à jour il y a 28 j

Des troupes érythréennes se sont déployées ces derniers jours autour d’Adigrat, dans le nord du Tigré, frontalier de l’Érythrée. Les combats avaient repris le 23 septembre dans le nord de l’Éthiopie entre une alliance de groupes rebelles et le gouvernement fédéral du Premier ministre, Abiy Ahmed.

Contexte du conflit

Depuis novembre 2022, l’Éthiopie tente de tourner la page de la guerre du Tigré, un conflit qui a opposé le gouvernement fédéral du Premier ministre Abiy Ahmed aux forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Un accord de paix avait été signé à Pretoria, en Afrique du Sud, pour mettre fin aux violences ayant causé des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés. Pourtant, ce conflit n’a jamais vraiment cessé : des tensions persistantes, des violations répétées de l’accord et des rivalités politiques locales ont maintenu une paix fragile. En septembre 2026, les combats ont repris de plus belle, illustrant l’échec partiel de cet accord.

Nouvelle alliance rebelle

Le 20 septembre 2026, une coalition de groupes armés opposés au gouvernement d’Abiy Ahmed s’est formée sous le nom de Coalition des forces populaires éthiopiennes pour la survie. Cette alliance regroupe plusieurs mouvements : le Mouvement national amhara Fano (AFNM), l’Armée de libération oromo (OLA), le TPLF, le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), le Front de l’unité démocratique révolutionnaire de l’Afar (Ugugumo) et trois autres groupes régionaux. Leur objectif commun est clair : renverser le Parti de la prospérité (PP), au pouvoir, qu’ils accusent d’avoir instauré un régime marqué par des génocides, des massacres et une misère généralisée. Cette alliance marque un tournant dans le conflit, car elle unit des forces issues de différentes régions et ethnies d’Éthiopie.

Reprise des combats

Les hostilités ont repris le 23 septembre 2026, lorsque les forces du TPLF et de l’AFNM ont lancé une offensive conjointe dans le nord du pays, près de la frontière avec l’Érythrée. Elles ont rapidement pris le contrôle de plusieurs villes, dont certaines dans la région du Wollo. Le gouvernement éthiopien, dirigé par Abiy Ahmed, tente de résister, mais la situation reste très volatile. Les combats s’intensifient, et des troupes érythréennes se sont déployées autour de la ville d’Adigrat, dans le nord du Tigré, ajoutant une dimension régionale au conflit. Cette escalade rappelle les pires moments de la guerre du Tigré, avec un risque accru de déstabilisation pour toute la Corne de l’Afrique.

Enjeux régionaux

Le conflit dépasse désormais les frontières éthiopiennes. L’Érythrée, dirigée par Isaias Afwerki, est directement impliquée : des troupes érythréennes sont présentes dans le nord du Tigré, soutenant indirectement le gouvernement éthiopien. Cette implication s’explique par des tensions historiques entre l’Érythrée et le TPLF, qui a longtemps dominé la politique éthiopienne avant l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed en 2018. Par ailleurs, la Corne de l’Afrique, une région déjà fragilisée par des crises politiques et humanitaires, risque de sombrer dans un chaos encore plus profond si le conflit s’étend. Les observateurs craignent que cette guerre ne devienne un conflit régional, impliquant d’autres pays voisins.

Ce que ça pourrait changer

Les conséquences de cette reprise des combats sont déjà dramatiques. Depuis 2020, la guerre du Tigré a causé des *centaines de milliers de morts*, des *millions de déplacés* et des *violences sexuelles systématiques*, qualifiées de *génocidaires* par des rapports internationaux. Les populations civiles, déjà épuisées par des années de conflit, subissent à nouveau des exactions, des famines et des déplacements forcés. Les organisations humanitaires alertent sur le risque d’une crise encore plus grave, avec des millions de personnes privées d’accès à la nourriture, aux soins et à l’eau potable. La communauté internationale, déjà peu active dans la résolution du conflit, semble impuissante face à cette nouvelle escalade.

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