« Ce n’est pas une démonstration d’érudition, mais de force » : des mathématiciens appellent au boycott d’OpenAI après son nouveau coup
L'Association for Human Mathematics, un collectif de mathématiciens fondé en septembre 2026, appelle ses pairs à cesser toute collaboration avec OpenAI, au lendemain de la publication par l'entreprise de 722 manuscrits produits par son IA. Terence Tao, médaillé Fields, a republié le texte sur son blog..
Le 6 octobre 2026, OpenAI a publié 722 manuscrits mathématiques générés par une intelligence artificielle interne, dont un prétendu progrès sur l’hypothèse de Riemann, l’un des sept problèmes du prix du Millénaire. Ces problèmes, comme celui de Riemann ou les équations de Navier-Stokes, sont considérés comme les défis les plus complexes des mathématiques modernes. OpenAI a affirmé avoir consulté un groupe indépendant d’experts, appelé l’AGMAI, pour établir des protocoles de révision et de citation des articles. L’entreprise a également promis d’améliorer la qualité des documents en travaillant sur les références et la clarté des résultats. Cependant, ces annonces n’ont pas convaincu la communauté mathématique.
Le 7 octobre 2026, l’Association for Human Mathematics (AHM), un collectif fondé en septembre 2026, a appelé les mathématiciens à boycotter OpenAI. Cette association, qui compte 808 membres à cette date, refuse de vérifier individuellement les 722 manuscrits publiés par l’entreprise. Pour l’AHM, cette publication massive relève d’une « démonstration de force » plutôt que d’un progrès scientifique. L’association souligne qu’OpenAI est actuellement impliquée dans des procès pour plagiat, violation du droit d’auteur et atteinte au droit des marques, ce qui ajoute à la méfiance envers ses méthodes. Parmi les membres de l’AHM figurent des figures majeures comme Peter Scholze (médaillé Fields 2018) ou Terence Tao (médaillé Fields 2006), bien que ce dernier ne soit pas membre de l’association.
L’AHM rejette l’idée qu’OpenAI contribue à faire avancer les mathématiques. Elle invite le public à considérer ces publications « avec le scepticisme qui s’impose » et rappelle que les mathématiciens attachent une grande importance à l’histoire et aux normes de leur discipline. L’association a deux engagements principaux pour ses membres : ne pas collaborer avec des entreprises commerciales d’IA (travail technique, conseil ou publicité) et ne pas publier de textes générés par une IA. Un troisième engagement, facultatif, consiste à éviter l’usage de l’IA dans le cœur du travail mathématique. Sur les 808 membres, 532 ont signé ces engagements. L’AHM souligne que les mathématiciens n’ont pas demandé que ces travaux soient menés par une IA.
L’AGMAI (un comité de neuf mathématiciens bénévoles, dont trois médaillés Fields) avait publié des recommandations le 29 septembre 2026. Ces dernières demandaient explicitement aux laboratoires d’IA d’arrêter de tester des problèmes mathématiques avancés sur des modèles propriétaires. OpenAI a ignoré cette demande en publiant ses 722 manuscrits. L’AGMAI avait également recommandé de publier pour chaque résultat le nom du modèle, les instructions données, le temps de calcul, son coût estimé, et le nombre de problèmes comparables non résolus. En ne suivant pas ces directives, OpenAI a été accusé par l’AHM de faire preuve d’un « mépris total » envers les normes de la recherche. L’AGMAI a précisé que son rôle ne valait ni jugement ni caution des méthodes d’OpenAI, mais que c’était à la communauté de trancher.
Cette polémique s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre les acteurs de l’IA et les communautés scientifiques. OpenAI avait déjà suscité la colère des mathématiciens en septembre 2026 avec une annonce controversée sur les *équations de Navier-Stokes*, un autre problème du prix du Millénaire. L’entreprise est également confrontée à des *procès pour plagiat et violation de droits d’auteur*, ce qui ajoute à sa crédibilité entamée. L’AHM, bien que comptant des membres prestigieux, ne représente qu’une minorité de la communauté mathématique mondiale. Par exemple, l’*American Mathematical Society* compte près de 30 000 membres, contre 808 pour l’AHM. Cette situation illustre les défis éthiques et méthodologiques posés par l’IA dans la recherche scientifique.

