À Squamish, un estuaire aux multiples courants
La volonté de protéger la nature a forcé les habitants à adapter leurs activités dans l'estuaire de Squamish..
Squamish est une ville de Colombie-Britannique (Canada) située à l'intersection de la mer et des montagnes, encadrée par des paysages emblématiques comme le mont Garibaldi, la paroi rocheuse du Chief et la chaîne Côtière. Son estuaire, formé par la rivière Squamish qui se jette dans la baie Howe, est un lieu discret mais stratégique. Historiquement, ce carrefour naturel a toujours attiré les populations en raison de son accès protégé à l'océan Pacifique. Aujourd'hui, la ville connaît une croissance démographique rapide, attirée par la beauté de son environnement. L'estuaire, bien que peu visible au premier abord, joue un rôle central dans l'équilibre écologique et économique de la région.
L'estuaire de Squamish est un lieu de rencontre entre l'eau douce de la rivière et l'eau salée de la baie Howe. Depuis des siècles, il sert de corridor naturel pour les peuples autochtones salish, comme en témoignent des peintures rupestres et des légendes. Ce passage à travers les montagnes était crucial pour les échanges commerciaux et les déplacements. Avec l'arrivée des colons à la fin du XIXe siècle, des infrastructures comme des digues ont été construites pour protéger les terres agricoles et faciliter l'accès aux routes forestières et au chemin de fer. Ce réseau ferroviaire a transformé Squamish en un carrefour économique majeur bien avant la construction de la route Sea to Sky reliant Vancouver à Whistler.
Dans les années 1970, un projet de construction d'un port en eaux profondes et d'un mégaterminal d'exportation de charbon a été envisagé. Pour le réaliser, une digue de 5 kilomètres, surnommée le spit, a été édifiée pour modifier le cours de la rivière Squamish. Ce projet a suscité une forte opposition de la part des défenseurs de l'environnement et de la nation autochtone squamish, menés par des figures comme l'oncle de Joyce Williams, membre du conseil de bande. Le projet a finalement été abandonné, marquant un tournant dans la protection de l'estuaire. Joyce Williams, aujourd'hui élue, a hérité de cette volonté de préservation, influencée par les souvenirs de son enfance où la pollution rendait l'estuaire inaccessible.
Depuis près de 30 ans, la nation squamish et la Squamish River Watershed Society, dirigée par Edith Tobe, collaborent pour restaurer l'estuaire. Les efforts se concentrent sur la réhabilitation des habitats naturels, notamment pour permettre aux jeunes saumons d'accéder à leurs zones nourricières. Cinq ponceaux ont été aménagés sous le spit pour rétablir la circulation de l'eau, et l'extrémité de la digue a été démantelée. Ces actions ont permis une amélioration notable de la biodiversité, avec la présence d'oiseaux, d'ours, de chevreuils, de phoques et de dauphins. L'estuaire est désormais un lieu privilégié pour observer la faune locale, contrastant avec son état dégradé des années 1990, où il servait de terrain de motocross.
L'estuaire de Squamish est devenu un spot mondialement connu pour le kitesurf, grâce à ses vents constants et puissants. Cependant, la suppression partielle du *spit* a compliqué l'accès au site pour les pratiquants. Olivier Corbeil, membre de la *Squamish Windsports Society*, explique que les coûts logistiques ont triplé et que le nombre de membres a diminué de moitié. Melissa Lynn Sheehy, une adepte venue du Québec, déplore la fin des compétitions internationales comme le *Kite Clash*, autrefois organisées sur place. Malgré ces défis, le kitesurf reste une activité majeure, attirant des centaines de pratiquants chaque semaine, bien que l'accès soit désormais moins pratique qu'avant.

