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Généraliste

Des complications postpartum peuvent survenir bien après les premières semaines

Le Devoir · mis à jour il y a 8 h

Ces risques doivent être mieux connus, estiment deux médecins de l’hôpital Sainte-Justine..

Risques prolongés après accouchement

Les complications liées à l'accouchement ne se limitent pas aux premières semaines : elles peuvent survenir jusqu'à un an après la naissance. Deux médecins de l'hôpital Sainte-Justine à Montréal, la Dre Isabelle Malhamé (interniste en médecine obstétricale) et la Dre Elisabeth Codsi (obstétricienne-gynécologue), soulignent que les risques pour la santé des mères persistent bien au-delà du traditionnel suivi postpartum de six semaines. Cette réalité est souvent méconnue, alors que des cas graves, comme celui de Maia Masuda, illustrent l'urgence d'une meilleure reconnaissance de ces complications tardives. Les spécialistes notent une augmentation de ces problèmes, notamment en raison de l'âge plus avancé des mères à la première grossesse et de la présence accrue de maladies chroniques chez les nouvelles mères.

Cas emblématique de Maia Masuda

Maia Masuda, une orthophoniste de 39 ans, a donné naissance à sa fille en novembre 2021 sans complication apparente. Pourtant, sept semaines plus tard, elle a été victime d'intenses douleurs abdominales et de vomissements nocturnes. Son état s'est rapidement dégradé : incapable de marcher, elle a dû ramper pour se rendre aux toilettes. Transportée en urgence à l'hôpital général du Lakeshore à Montréal, elle a d'abord été suspectée d'une appendicite aiguë et préparée pour une opération. Cependant, son état a empiré avec l'apparition d'un choc septique. L'intervention chirurgicale a révélé une infection à streptocoque provoquant une grave inflammation de la membrane abdominale (le péritonite). Maia Masuda a passé dix jours en soins intensifs pour se rétablir. Ce cas illustre une complication postpartum tardive, survenue plus de six semaines après l'accouchement, mettant en lumière l'importance d'un suivi prolongé.

Choc septique : danger méconnu

Le choc septique est une réaction extrême du corps à une infection grave, entraînant une défaillance des organes et mettant la vie en danger. Dans le cas de Maia Masuda, cette complication est survenue suite à une infection à streptocoque ayant provoqué une inflammation sévère du péritonite, la membrane qui tapisse l'abdomen. Les chocs septiques peuvent se produire autour de l'accouchement ou pendant la période postpartum, mais ils restent souvent sous-estimés. La Dre Isabelle Malhamé, spécialiste en médecine obstétricale au CHU Sainte-Justine et au CUSM, explique que ces complications tardives sont de plus en plus fréquentes, notamment en raison de l'augmentation de l'âge des mères et de la prévalence accrue de maladies chroniques. Une détection précoce et une prise en charge rapide sont essentielles pour éviter des conséquences dramatiques, comme le décès maternel.

Prééclampsie et risques cardiovasculaires

La prééclampsie est une complication de la grossesse caractérisée par une hypertension artérielle et la présence de protéines dans les urines. Bien que cette condition soit généralement résolue après l'accouchement, elle expose les femmes à un risque accru de développer des maladies cardiovasculaires plus tard dans leur vie. Selon la Dre Elisabeth Codsi, obstétricienne-gynécologue au CHU Sainte-Justine, ce lien est bien documenté, mais il n'est pas toujours pris en compte par les médecins qui suivent les patientes après leur grossesse. Cette lacune peut entraîner un manque de suivi adapté pour prévenir d'éventuelles complications à long terme. Les professionnels de santé doivent donc être informés des antécédents obstétricaux de leurs patientes pour assurer un suivi optimal.

Importance d'un suivi prolongé

Les spécialistes insistent sur la nécessité d'un suivi médical prolongé pour les nouvelles mères, au-delà des traditionnelles six semaines postpartum. La Dre Isabelle Malhamé recommande aux femmes de rester attentives à tout changement de leur état de santé physique ou mental jusqu'à un an après l'accouchement. Une meilleure détection des complications permet non seulement d'améliorer le bien-être des patientes, mais aussi de prévenir des conséquences graves, comme le décès maternel. La Dre Codsi souligne que tout décès maternel est inacceptable, car il a un impact dévastateur sur toute la famille. Un suivi adapté et une sensibilisation accrue sont donc essentiels pour réduire ces risques.

Ce que ça pourrait changer

Les complications postpartum ne laissent pas seulement des séquelles physiques : elles peuvent aussi avoir un impact profond sur la santé mentale. Maia Masuda, après son hospitalisation, a souffert d'anxiété et de détresse pendant plusieurs mois. Elle a même envisagé de changer de carrière, craignant de ne plus pouvoir travailler dans un environnement hospitalier, notamment aux soins intensifs où elle exerçait avant sa grossesse. Pour elle, le manque de compréhension de son entourage a aggravé son sentiment d'isolement. Elle plaide pour une meilleure sensibilisation aux défis psychologiques liés au postpartum, surtout en cas de complication grave ou d'hospitalisation. Ces témoignages soulignent l'importance d'un soutien psychologique adapté pour les nouvelles mères confrontées à des épreuves médicales.

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