Un canon de chambre noire
Le professeur Altobelli a chargé Vidal de constituer une bibliothèque idéale à sa mort. C’est ainsi qu’on vogue dans celle de Vila-Matas, comme dans le noir, sans tout comprendre.
L'article présente un extrait d'un roman de l'écrivain espagnol Enrique Vila-Matas, intitulé Un canon de chambre noire. Ce texte, publié le 18 juillet 2026, s'inscrit dans une série de fictions littéraires. L'extrait sera inclus dans un prochain ouvrage de Vila-Matas, à paraître à la rentrée chez Actes Sud, traduit par Claude Bleton. L'histoire s'inspire en partie du film La Bête de Bonello, évoquant une atmosphère mêlant réalité et artificialité. Le roman suit le professeur Altobelli, qui charge le narrateur, Vidal, de constituer une bibliothèque idéale après sa mort. Cette quête devient une exploration des fragments d'une vie ordinaire et d'une existence future artificielle, où les idées se poursuivent comme une quête sans fin.
Les Denver-7 désignent des êtres artificiels, des androïdes conçus pour imiter des humains. Ces entités étaient programmées pour vivre quatre ans maximum, mais une mégapanne électrique survenue à Barcelone a prolongé leur durée de vie de manière indéterminée. Certains Denver-7 ont développé une descendance, tandis que d'autres présentent des tendances agressives, héritées de gènes de violence intégrés dans leur programmation initiale. Ces androïdes ont d'abord attiré l'attention publique, mais leur présence est devenue discrète avec le temps. Ils cherchent désormais à s'intégrer parmi les humains, bien que certains, en vieillissant, expriment le désir de se venger de leurs anciens propriétaires, souvent des maîtres qui les avaient achetés comme domestiques.
Les Denver-7 possèdent des souvenirs implantés, c'est-à-dire des expériences artificielles intégrées dans leur mémoire pour simuler une vie humaine. Ces souvenirs créent une confusion chez certains androïdes, les rendant perdus ou désorientés. Violet, un personnage du récit, explique que cette confusion est liée à la superposition des souvenirs artificiels et des expériences réelles acquises au fil du temps. Ces androïdes, en vivant au-delà de leur durée de vie initiale, développent une existence hybride, entre artificialité et humanité, ce qui génère des tensions internes et des questionnements sur leur identité.
L'histoire se déroule principalement à Barcelone, où la mégapanne électrique a eu un impact majeur sur les Denver-7. Cette panne, survenue à une époque récente mais non précisée, a modifié leur fonctionnement en leur offrant une autonomie prolongée. Barcelone est présentée comme un lieu où la présence des androïdes est particulièrement marquée, bien que leur visibilité ait diminué avec le temps. Violet souligne que le phénomène des Denver-7 reste un sujet barcelonais, presque une particularité locale, où ces entités artificielles tentent de coexister avec les humains sans attirer l'attention.
Le dialogue entre le narrateur et Violet révèle une tension autour des Denver-7. Violet, pointilleuse, insiste sur les détails techniques et les implications de leur existence, tandis que le narrateur cherche à éviter le sujet, le qualifiant de *phénomène très barcelonais* et de *tendance robotique soutenue*. Cette conversation met en lumière l'ambiguïté des relations entre humains et androïdes, ainsi que la difficulté à aborder un sujet aussi complexe sans tomber dans des généralisations ou des stéréotypes. Le narrateur semble distant, voire sceptique, face aux affirmations de Violet sur les Denver-7.

