Un complément alimentaire pourrait intercepter les microplastiques avant qu'ils n'entrent dans nos cellules
Un premier essai mené chez l'humain suggère qu'un postbiotique fabriqué à partir de bactéries inactivées pourrait capter les particules plastiques et réduire leur absorption par l'organisme. Des résultats prometteurs, mais encore préliminaires..
Les microplastiques sont de minuscules particules de plastique, souvent invisibles à l'œil nu, mesurant moins de 5 millimètres. Elles proviennent de la dégradation de déchets plastiques plus grands, de produits cosmétiques ou de vêtements synthétiques. Selon une étude publiée en 2022, des chercheurs ont détecté des microplastiques dans le sang de 17 sur 22 participants, suggérant une présence généralisée dans l'organisme humain. Ces particules peuvent traverser les barrières biologiques comme la paroi intestinale ou les alvéoles pulmonaires, et se retrouver dans la circulation sanguine. Leur accumulation dans les tissus est associée à des risques d'inflammation, de perturbations hormonales et potentiellement de maladies chroniques, bien que les mécanismes exacts restent à élucider.
Les méthodes actuelles pour mesurer l'exposition aux microplastiques reposent principalement sur des analyses de sang ou de selles, qui ne reflètent pas leur présence dans les cellules. Les scientifiques estiment que ces particules pourraient s'accumuler dans des organes comme le foie, les reins ou même le cerveau, mais leur détection directe reste difficile. Une équipe de chercheurs de l'Université de l'État de Washington, dirigée par le professeur Mehmet Sarikaya, a développé une approche innovante pour contourner ce problème. Leur objectif n'est pas de mesurer les microplastiques, mais de les intercepter avant qu'ils n'atteignent les cellules, réduisant ainsi leur impact potentiel sur la santé.
Les chercheurs proposent un complément alimentaire contenant des nanoparticules minérales capables de se lier aux microplastiques dans le système digestif. Ces nanoparticules, inspirées de mécanismes naturels comme ceux utilisés par certaines bactéries pour capturer des métaux lourds, agiraient comme des aimants à microplastiques. Une fois ingérées, elles traverseraient le tube digestif sans être absorbées par l'organisme. Leur structure leur permettrait de capturer les microplastiques présents dans les aliments ou l'eau, puis de les éliminer via les selles. Les tests en laboratoire sur des échantillons de selles humaines ont montré une réduction de 80 % des microplastiques après traitement avec ces nanoparticules.
Les nanoparticules minérales utilisées dans ce complément alimentaire sont conçues pour interagir spécifiquement avec les microplastiques. Leur surface est recouverte de groupes chimiques qui attirent les particules de plastique, un peu comme un Velcro moléculaire. Une fois liées, les microplastiques deviennent trop grosses pour être absorbées par les cellules intestinales et sont évacuées naturellement. Ce mécanisme repose sur des principes de chimie supramoléculaire, une branche de la chimie qui étudie les interactions entre molécules. Les chercheurs soulignent que ces nanoparticules ne sont pas toxiques et ne s'accumulent pas dans l'organisme, contrairement à d'autres solutions envisagées comme les chélateurs, des molécules qui capturent des substances indésirables mais peuvent avoir des effets secondaires.
Bien que prometteurs, ces résultats restent préliminaires et nécessitent des essais cliniques à grande échelle pour confirmer l'efficacité et l'innocuité du complément alimentaire chez l'humain. Les chercheurs envisagent des tests sur des volontaires exposés à des niveaux élevés de microplastiques, comme les travailleurs de l'industrie plastique ou les habitants de zones fortement polluées. Si les essais sont concluants, ce complément pourrait devenir une solution accessible pour réduire l'exposition aux microplastiques, surtout dans les régions où la pollution plastique est élevée. Cependant, les scientifiques rappellent que la réduction de la production de plastique et l'amélioration de la gestion des déchets restent les solutions les plus efficaces à long terme pour lutter contre cette pollution.

