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Société

Les éoliennes font-elles gagner des voix à l'extrême droite?

Slate FR · mis à jour il y a 18 j

Il suffit du simple dépôt d'un permis de construire pour que le vote d'extrême droite progresse dans une commune. En se posant en défenseur du paysage rural face aux décisions «imposées d'en haut», le RN réussit à capter la colère locale bien avant le premier coup de pioche..

Éoliennes et progression électorale

Une étude menée entre 2007 et 2022 sur 34 448 communes françaises révèle qu'un projet éolien, dès le dépôt de son permis de construire, est associé à une progression moyenne de 0,9 point du vote pour l'extrême droite au premier tour des élections présidentielles. Par exemple, cela représente un passage de 25 % à 25,9 % des voix. Cet effet est observable même avant le début des travaux, ce qui suggère que l'opposition aux éoliennes se cristallise dès les premières étapes du projet. Les chercheurs Sébastien Bourdin et Martin Faulques soulignent que cette dynamique dépasse souvent les limites administratives d'une commune, influençant aussi les communes voisines. Le Rassemblement national (RN) exploite ces contestations locales en se présentant comme le défenseur des paysages ruraux contre des décisions perçues comme « imposées d'en haut ».

Étude méthodologie et résultats

Pour établir ce lien, les auteurs ont croisé les résultats électoraux des élections présidentielles de 2007 à 2022 avec les registres des projets éoliens terrestres. Ils ont identifié trois étapes clés pour chaque projet : le dépôt du permis, le début de la construction et la mise en service. Les chercheurs ont comparé l'évolution du vote dans les communes concernées par un projet avec celles qui en étaient exemptes, en tenant compte des tendances nationales et des différences locales (profil social, démographique, etc.). Leurs estimations montrent que l'effet électoral est visible dès le premier scrutin suivant le dépôt du permis, et non seulement après la construction ou la mise en service des éoliennes. L'étude révèle également que l'impact est plus marqué dans les communes accueillant directement un projet, mais reste significatif dans les communes voisines.

Mécanismes de contagion géographique

L'étude met en lumière un phénomène de contagion politique au-delà des frontières communales. Les controverses liées aux éoliennes ne se limitent pas à la commune d'implantation, mais s'étendent aux communes voisines via des réseaux locaux : associations, médias, discussions entre habitants. Par exemple, un projet éolien peut devenir un enjeu électoral dans une commune qui n'héberge pourtant aucun mât. Cette dynamique s'explique par le fait que les paysages, les déplacements quotidiens ou les échanges entre habitants ne respectent pas les limites administratives. Les auteurs soulignent que cette extension géographique des oppositions invite à repenser l'échelle pertinente pour associer les populations aux décisions, au-delà du seul périmètre communal.

Questions de justice environnementale

Les tensions autour des éoliennes ne se réduisent pas à un simple refus local (NIMBY, pour Not In My Backyard en anglais), c'est-à-dire une opposition de principe à tout projet près de chez soi. Les recherches en justice environnementale proposent trois axes pour comprendre ces conflits. Premièrement, la question du partage des avantages et des contraintes : qui bénéficie des revenus, des recettes fiscales ou des investissements liés au projet ? Qui subit les transformations de son environnement quotidien ? Deuxièmement, le pouvoir de participation : les habitants ont-ils la possibilité de peser sur les décisions, ou les choix leur semblent-ils déjà arrêtés ? Troisièmement, la reconnaissance de l'attachement des personnes à leur territoire : un paysage peut porter une histoire familiale, une identité collective ou une manière d'habiter, des dimensions difficiles à compenser financièrement. Ces questions peuvent alimenter une défiance politique préexistante ou être exploitées par des partis comme le RN.

Stratégies politiques et transition énergétique

Le Rassemblement national (RN) et d'autres partis d'extrême droite en Europe, comme l'Alternative für Deutschland (AfD) en Allemagne, intègrent l'opposition aux éoliennes dans leur discours politique. Ils se présentent comme les porte-parole des habitants face à des projets perçus comme imposés par les élites ou les institutions centrales. Cette stratégie peut trouver un écho dans un sentiment de non-représentation ou de mépris des préoccupations locales. L'étude française apporte un éclairage inédit sur cette relation entre transition énergétique et vote, en précisant à quel moment et jusqu'où s'étend cette association. Les auteurs notent que cette dynamique ne garantit pas que le recul des ambitions climatiques réduirait automatiquement le vote d'extrême droite, mais elle montre que la relation politique à un projet se construit bien avant sa mise en service.

Ce que ça pourrait changer

Face à ces enjeux, l'étude propose plusieurs pistes pour améliorer la gouvernance des projets éoliens et limiter les tensions. Une première solution consiste à ouvrir le dialogue avec les habitants dès les premières étapes du projet, afin que leurs retours puissent influencer les choix. Il est également crucial de rendre compte des décisions prises et des raisons qui les motivent. Une autre piste est d'associer les communes voisines aux discussions, notamment sur les conséquences paysagères et les retombées économiques. Enfin, impliquer les habitants dans la gouvernance et le financement des projets, via des initiatives citoyennes, pourrait renforcer leur sentiment de participation. Ces démarches ne garantissent pas l'absence de conflits, mais elles ouvrent une discussion sur la place des habitants dans les choix énergétiques, dès les premières étapes de la transition.

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