Les labels écolos à gogo, c'est fini : l'Europe met un stop au greenwashing des marques
Une directive européenne qui entre en vigueur le 27 septembre interdit de nombreuses allégations relevant du greenwashing : les multiples labels créés par les entreprises elles-mêmes par exemple. Mais la France tarde à la transposer.
L’Union européenne (UE) a adopté en 2024 de nouvelles règles pour encadrer les allégations environnementales des entreprises. Ces critères, appelés règlement sur les allégations vertes, visent à lutter contre le greenwashing, une pratique qui consiste à présenter un produit ou une marque comme écologiquement responsable sans preuve tangible. Désormais, les entreprises ne pourront plus utiliser des termes vagues comme écologique, respectueux de la planète ou durable sans justifier ces affirmations par des données scientifiques vérifiables. Par exemple, une bouteille en plastique ne pourra plus être présentée comme biodégradable si elle ne se décompose pas en moins de deux ans dans des conditions naturelles. Ces règles s’appliquent à tous les États membres de l’UE et entreront en vigueur progressivement à partir de 2026.
Le règlement européen interdit désormais aux marques de créer leurs propres labels écologiques sans validation externe. Jusqu’à présent, certaines entreprises utilisaient des certifications internes, comme 100 % naturel ou zéro émission, sans contrôle indépendant. Ces pratiques trompaient les consommateurs en leur faisant croire que le produit était plus vertueux qu’il ne l’était réellement. Par exemple, une étude de la Commission européenne en 2020 avait révélé que 53 % des allégations écologiques analysées étaient floues ou trompeuses. Désormais, seuls les labels reconnus par des organismes agréés par l’UE, comme Écolabel européen ou Energy Star, pourront être utilisés. Ces labels garantissent que le produit respecte des critères stricts définis par des experts indépendants.
Les entreprises qui ne respectent pas ces nouvelles règles s’exposent à des amendes pouvant atteindre jusqu’à 4 % de leur chiffre d’affaires annuel mondial. Par exemple, si une multinationale réalise un chiffre d’affaires de 10 milliards d’euros, elle pourrait payer jusqu’à 400 millions d’euros de pénalité en cas de manquement avéré. Ces sanctions visent à dissuader les entreprises de continuer à pratiquer le greenwashing, une pratique qui coûte cher aux consommateurs et à l’environnement. La Commission européenne a précisé que ces amendes seraient appliquées dès 2026, date de plein effet du règlement. Les États membres seront chargés de veiller au respect de ces règles et de sanctionner les contrevenants.
Les entreprises devront désormais fournir des informations détaillées sur l’impact environnemental réel de leurs produits. Cela inclut des données sur les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d’eau, la pollution générée et l’utilisation de ressources naturelles. Par exemple, une marque de vêtements devra indiquer la quantité de CO₂ émise pour fabriquer un t-shirt, ainsi que la quantité d’eau utilisée. Ces informations devront être accessibles en ligne et sur l’emballage du produit. L’objectif est de permettre aux consommateurs de faire des choix éclairés et de comparer objectivement les produits. Cette mesure s’inscrit dans le cadre de la stratégie européenne pour une économie circulaire, qui vise à réduire l’empreinte écologique des activités humaines.
La Commission européenne joue un rôle central dans la mise en œuvre de ces nouvelles règles. Elle a pour mission de superviser les organismes de certification, de vérifier la conformité des allégations environnementales et de sanctionner les entreprises récalcitrantes. En 2023, la Commission a déjà commencé à auditer les labels existants pour s’assurer qu’ils répondent aux nouveaux critères. Par exemple, elle a retiré son label à plusieurs certifications jugées trop laxistes, comme Green Energy ou Eco-Friendly, car elles ne garantissaient pas un impact environnemental réel. La Commission a également lancé une plateforme en ligne où les consommateurs pourront signaler les allégations trompeuses, afin de renforcer la vigilance collective.
Les associations de défense de l’environnement saluent cette initiative, mais soulignent que son efficacité dépendra de son application rigoureuse. Greenpeace et le *Réseau Action Climat* ont déjà exprimé leur crainte que certaines entreprises contournent les règles en utilisant des formulations ambiguës ou en créant de nouveaux labels non régulés. De leur côté, les entreprises concernées, comme L’Oréal ou Unilever, ont annoncé leur soutien aux nouvelles règles, tout en demandant des délais supplémentaires pour s’adapter. Certaines industries, comme la mode ou l’agroalimentaire, pourraient être particulièrement touchées, car elles utilisent souvent des allégations écologiques pour se différencier sur le marché. La Fédération européenne des entreprises (BusinessEurope) a appelé à une harmonisation des règles au niveau international pour éviter des distorsions de concurrence.

