La guerre des centres de données : l’Ukraine frappe le « cœur de fer » de l’Internet russe
Depuis 2014, le Kremlin a patiemment bâti pour les Russes un Internet de repli, censé résister quand tout le reste est coupé. Les frappes contre Yandex montrent les limites de ce modèle L’article La guerre des centres de données : l’Ukraine frappe le « cœur de fer » de l’Internet russe est apparu en premier sur Le Grand Continent..
Depuis 2026, la guerre entre l’Ukraine et la Russie s’étend aux infrastructures numériques. L’Ukraine a ciblé des centres de données russes, comme ceux de l’entreprise Yandex, pour perturber la vie quotidienne des Russes et fragiliser le contrôle numérique du Kremlin. Ces attaques visent des bâtiments abritant des milliers de serveurs, essentiels au fonctionnement d’Internet, des services publics et des applications utilisées par les citoyens. Par exemple, dans la nuit du 7 au 8 octobre 2026, des drones ukrainiens ont frappé trois centres de données de Yandex en quatre jours, provoquant des pannes majeures. Cette stratégie s’inscrit dans une guerre plus large où les infrastructures numériques deviennent des champs de bataille, au même titre que les chemins de fer ou les raffineries.
Depuis l’automne 2025, la Russie a instauré des listes blanches pour restreindre l’accès à Internet, bloquant certains sites et applications tout en autorisant d’autres, comme ceux de Yandex, VK ou Gosuslugi. Cette mesure vise à contrôler l’information et à limiter l’influence des plateformes occidentales, tout en maintenant un semblant de normalité pour les citoyens. Yandex, par exemple, est devenu un acteur central de l’Internet russe, remplaçant des services comme Google, Uber ou Netflix. L’État russe a progressivement construit un écosystème numérique fermé, où les données des utilisateurs sont centralisées et surveillées. Cette stratégie renforce la souveraineté numérique du pays, mais aussi sa dépendance à des infrastructures vulnérables.
Yandex est une entreprise russe qui domine 70 % du marché de la recherche en ligne en Russie. Elle propose un écosystème intégré combinant recherche, messagerie, paiements, cloud, streaming et services de mobilité, similaire à un mélange de Google, Uber et Amazon. En 2026, Yandex comptait 45 millions d’abonnés à son service Yandex Plus et 58 millions d’utilisateurs mensuels de Yandex Go. Pour les entreprises, Yandex Cloud hébergeait 64 000 clients, tandis que Yandex 360 comptait 117 millions d’utilisateurs et 185 000 entreprises clientes. En 2024, Yandex a été « russifié » après la rupture avec sa société mère néerlandaise, transférant ses actifs à un consortium contrôlé par l’État pour 5,4 milliards de dollars, avec une décote de 50 %. Cette centralisation en fait une cible stratégique pour l’Ukraine.
Yandex qualifie ses centres de données de « cœur de fer », soulignant leur rôle matériel essentiel dans le fonctionnement de l’Internet russe. Ces infrastructures reposent sur des bâtiments physiques, des serveurs, des systèmes de refroidissement et des fibres optiques, tout aussi vulnérables que des infrastructures militaires. En ciblant ces centres, l’Ukraine frappe à la fois la vie quotidienne des Russes (services publics, paiements, transport) et la capacité du Kremlin à contrôler l’information. Ces attaques s’ajoutent à une stratégie plus large de « sanctions à longue portée », rendue possible par des drones ukrainiens capables de frapper jusqu’à 3 000 kilomètres de profondeur. La destruction de ces nœuds numériques fragilise l’écosystème intégré de Yandex, où une panne se propage rapidement.
Les frappes ukrainiennes sur les centres de données de Yandex ont un double objectif : perturber la vie des Russes et affaiblir la souveraineté numérique du Kremlin. En octobre 2026, trois des cinq principaux centres de Yandex ont été touchés en quatre jours, provoquant des pannes générales. Ces attaques visent aussi les opérations informationnelles russes, comme la puissance de corrosion, où la Russie cherche à influencer les sociétés adverses via des campagnes numériques. En ciblant ces infrastructures, l’Ukraine limite la capacité de la Russie à projeter sa puissance numérique et à maintenir son contrôle sur l’information. Cette stratégie marque un tournant dans la guerre, où les champs de bataille s’étendent désormais au cyberespace.
La Russie a construit un écosystème numérique fermé pour compenser le retrait des entreprises occidentales sous sanctions. Yandex, VK et d’autres services publics ou privés forment un réseau où les données sont centralisées et contrôlées par l’État. Cette souveraineté numérique est devenue un pilier du contrat social entre le Kremlin et les citoyens : moins de libertés en échange d’une stabilité relative et d’une prospérité contrôlée. Cependant, cette centralisation rend le système vulnérable. La rupture de 2024 avec Yandex N.V. et la vente de ses actifs à un consortium russe pour 5,4 milliards de dollars illustrent cette volonté de contrôle total. Mais cette dépendance à des infrastructures uniques expose la Russie à des risques majeurs en cas de frappe ciblée.

