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Face à la justice, des mères violentées se retrouvent parfois entre l’arbre et l’écorce

Le Devoir · mis à jour il y a 14 j

La dénonciation de la violence peut se retourner contre les femmes, notent des expertes..

Dilemme judiciaire des mères

Des mères victimes de violence conjugale ou familiale se retrouvent souvent dans une situation sans issue face au système judiciaire. Si elles dénoncent les violences subies, elles risquent d’être accusées d’aliénation parentale, un concept selon lequel un parent manipulerait ses enfants pour les retourner contre l’autre parent. À l’inverse, si elles taisent ces violences par crainte des conséquences, elles sont critiquées pour ne pas protéger leurs enfants. Dans les deux cas, elles s’exposent à perdre la garde de leurs enfants. Ce paradoxe a été souligné par l’avocate Natacha Engel et la criminologue Constance Laurin lors d’un colloque sur le contrôle coercitif, une forme de violence où un partenaire exerce un pouvoir abusif sur l’autre, souvent après une séparation.

Violence et suspicion systémique

Les femmes victimes de violence conjugale sont fréquemment perçues comme des manipulateuses par le système judiciaire, même lorsqu’elles cherchent à protéger leurs enfants. Leurs déclarations, notamment auprès des policiers, sont souvent considérées comme suspectes, voire inventées pour obtenir la garde des enfants ou se venger de l’ex-conjoint. L’avocate Engel a illustré ce phénomène avec l’exemple d’une femme terrorisée par son mari, qui a finalement quitté le domicile conjugal après trois ans de violence. Malgré cela, elle a perdu la garde de ses enfants en quelques mois. La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) a qualifié la situation de conflit sévère post-séparation plutôt que de violence conjugale, et la mère a été accusée d’aliénation parentale, bien qu’elle n’ait pas influencé ses enfants contre leur père.

Aliénation parentale : un concept controversé

L’aliénation parentale est un concept utilisé pour décrire une situation où un parent influence négativement l’enfant contre l’autre parent, souvent dans un contexte de séparation conflictuelle. Cependant, ce terme est contesté par de nombreux experts, car il peut être instrumentalisé pour discréditer les mères qui dénoncent des violences. Dans l’exemple cité, la mère n’a jamais parlé de violence à ses enfants, mais ses inquiétudes exprimées au tribunal ont été interprétées comme une tentative subtile d’aliénation. Selon l’avocate Engel, le système judiciaire considère que même exprimer ses craintes peut suffire à alimenter un conflit, ce qui place les mères dans une impasse : si elles dénoncent la violence, elles sont vues comme conflictuelles ; si elles se taisent, elles négligent leurs enfants.

Double victimisation des mères

Les mères victimes de violence subissent souvent une deuxième victimisation par le système judiciaire. Dans l’exemple rapporté, la DPJ a demandé une évaluation des capacités parentales de la mère, qui a été jugée limitée parce qu’elle n’avait pas quitté son conjoint assez tôt. Cette évaluation repose sur l’idée que la mère aurait exposé ses enfants à la violence en ne partant pas immédiatement, alors qu’elle agissait par peur des représailles. Une autre mère, craignant d’être perçue comme non collaborative, a dû accepter une médiation familiale pour partager la garde de ses enfants avec son ex-conjoint violent. Selon l’avocate Engel, chaque décision ou hésitation de ces mères est interprétée comme un risque de faux pas, les plaçant dans une position où elles ne peuvent pas gagner.

Manque d’expertise et solutions partielles

Le manque d’expertise des acteurs judiciaires (juges, avocats, policiers) et l’accès limité aux services spécialisés aggravent la situation des mères victimes. La criminologue Constance Laurin a souligné que ces lacunes avaient déjà été pointées par le Comité d’examen des décès liés à la violence conjugale du Bureau du coroner. Des progrès ont été réalisés, comme l’accompagnement des enfants à la cour lors des procédures de garde ou la présence d’intervenantes psychosociales aux côtés des victimes. Cependant, ces mesures restent insuffisantes. Selon l’avocate Engel, un changement de culture est nécessaire pour sortir les mères de cette impasse, notamment en formant les professionnels au contrôle coercitif et à ses impacts sur les procédures judiciaires.

Ce que ça pourrait changer

Pour les victimes de violence conjugale, des ressources existent au Québec. La ligne d’urgence *SOS violence conjugale* est joignable au 1 800 363-9010. Des organismes comme *À cœur d’homme* (1 877 660-7799) offrent également un soutien aux hommes en difficulté, bien que leur rôle ne soit pas directement lié à la protection des femmes. Ces services visent à fournir une assistance immédiate et un accompagnement dans les démarches judiciaires ou psychosociales.

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