Myanmar : les minorités prises dans l’étau de la violence et de l'économie de guerre
Torture, recrutement forcé, travail des enfants, extraction sauvage de terres rares. Au Myanmar, les violations commises contre les civils se doublent d’une économie prédatrice qui contribue à alimenter le conflit.
En 2017, des violences massives perpétrées par l’armée birmane ont poussé environ 700 000 Rohingyas, une minorité musulmane, à fuir vers le Bangladesh. Neuf ans plus tard, ceux qui sont restés dans l’État de Rakhine, au sud-ouest du Myanmar, subissent toujours des exactions. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) rapporte des arrestations arbitraires, des tortures et des violences sexuelles ciblant cette communauté. Les méthodes de torture incluent des passages à tabac avec des objets divers, des brûlures, des suspensions douloureuses et des mutilations. Les Rohingyas sont également victimes de recrutement forcé et de travail obligatoire. Leur situation s’aggrave avec l’émergence de nouveaux groupes armés comme l’Armée d’Arakan, qui étend son contrôle territorial et multiplie les abus contre cette minorité.
Le Myanmar est plongé dans une guerre civile depuis le coup d’État militaire de février 2021, opposant l’armée régulière à des groupes rebelles ethniques. Les civils, en particulier les minorités comme les Rohingyas, sont pris au piège de ce conflit. L’armée birmane utilise des frappes aériennes, des incendies de villages et des déplacements forcés pour affaiblir les rebelles. L’accès à l’aide humanitaire est systématiquement entravé, aggravant la précarité des populations. Les enfants ne sont pas épargnés : certains, dès l’âge de six ans, sont contraints à des travaux dangereux ou à des tâches humiliantes, comme ramasser les os de victimes de massacres. Ces violences s’accompagnent de disparitions forcées et de confiscations de terres.
L’effondrement de l’État de droit au Myanmar a favorisé l’essor d’une économie parallèle illégale, alimentant les groupes armés et les réseaux criminels. Cette économie repose sur l’extraction illégale de minerais comme les terres rares (métaux essentiels pour les technologies modernes), la production de drogue, la traite des êtres humains et les escroqueries en ligne. Dans les États de Kachin et de Shan, l’exploitation minière a explosé depuis 2021 : 302 nouveaux sites ont été recensés au Kachin (+149 %), et 85 dans l’État de Shan (contre 12 avant le coup d’État). En 2023, ces activités auraient généré 1,4 milliard de dollars de revenus. Cette économie illégale a des répercussions transnationales, avec des risques de pollution et de financement du crime organisé dans les pays voisins.
Plusieurs acteurs clés sont impliqués dans la crise au Myanmar. L’armée birmane, au pouvoir depuis des décennies, est responsable de violences systémiques contre les minorités, dont les Rohingyas. L’Armée d’Arakan, un groupe armé issu de la majorité bouddhiste rakhine, étend son influence et commet des exactions similaires. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) documente ces abus et alerte sur leur escalade. Les Nations Unies, via leur secrétaire général António Guterres, appellent la communauté internationale à agir pour protéger les Rohingyas. Les entreprises et investisseurs en aval des chaînes d’approvisionnement des minerais sont également pointés du doigt pour leur responsabilité dans cette économie illégale.
La crise humanitaire au Myanmar et dans les pays voisins, comme le Bangladesh, s’aggrave. Les Rohingyas subissent une insécurité croissante et un espace de protection qui se réduit. Les coupes budgétaires réduisent l’aide vitale, tandis que les tentatives de fuite deviennent de plus en plus dangereuses : de nombreux Rohingyas meurent en mer lors de traversées périlleuses. Les États de la région sont appelés à renforcer les sauvetages en mer et à offrir des débarquements sûrs. Parallèlement, la désinformation et les discours de haine contre les Rohingyas se propagent, rendant leur situation encore plus précaire. Près de neuf ans après leur exode massif, cette minorité peine à trouver un refuge durable.

