En Argentine, les retraités au charbon
Le président argentin, Javier Milei, est actuellement en déplacement en France pour présider le forum Argentina Week et redorer le blason de l’économie argentine, en piteux état. En témoigne la situation des retraités : ils sont de plus en plus nombreux à devenir chauffeurs de taxi privé ou vendeurs à la sauvette pour survivre.
En Argentine, la situation des retraités s’est fortement dégradée depuis deux ans, au point que beaucoup préfèrent continuer à travailler plutôt que de prendre leur retraite. Selon le bureau du Défenseur du troisième âge, créé par Eugenio Semino, les demandes de renseignements ont changé : autrefois, les personnes âgées venaient pour savoir comment accéder à leur retraite, aujourd’hui, elles demandent comment éviter de la prendre. Cette institution souligne que la retraite est désormais associée à l’indigence, un terme qui désigne une pauvreté extrême. Le phénomène touche particulièrement les personnes âgées de 65 ans et plus, qui se retrouvent dans l’obligation de chercher un emploi pour survivre.
Jorge « Cacho » Smokvina, un retraité de 74 ans, illustre cette situation difficile. Il travaille huit heures par jour, six jours par semaine, comme chauffeur pour des plateformes de VTC (véhicule de tourisme avec chauffeur) comme Uber ou DiDi, une entreprise chinoise spécialisée dans les transports privés. Pour pouvoir continuer à travailler, il a investi toutes ses économies dans une voiture. Il décrit son quotidien comme épuisant : stress lié à la circulation, douleurs aux articulations et au ventre dues à la position assise prolongée. Son témoignage révèle l’ampleur du désarroi des retraités argentins, contraints de sacrifier leur santé pour subvenir à leurs besoins.
Le bureau du Défenseur du troisième âge a observé une dégradation alarmante de la santé physique et mentale des retraités forcés de travailler. Eugenio Semino, son fondateur, explique que le bureau a changé de fonction : il n’aide plus à accéder à la retraite, mais conseille sur les moyens de continuer à travailler. Les conséquences sur la santé sont multiples : stress chronique, douleurs articulaires, troubles digestifs et fatigue extrême. Ces problèmes sont aggravés par l’absence de protection sociale, qui pousse les seniors à accepter des conditions de travail précaires et épuisantes.
Cette crise des retraites survient dans un contexte politique tendu en Argentine. Le président argentin, Javier Milei, est actuellement en déplacement en France pour promouvoir l’économie argentine, en grande difficulté. Son gouvernement est critiqué pour ses réformes économiques, qui ont aggravé les inégalités et fragilisé les classes populaires. Les manifestations de retraités contre la réforme du travail, comme celle organisée autour du Congrès de la nation à Buenos Aires en février 2026, illustrent le mécontentement croissant. Les pancartes portées par les manifestants réclamaient une augmentation urgente des retraites.
Les plateformes comme Uber et DiDi, qui emploient de nombreux retraités argentins, sont des services de transport privé accessibles via des applications mobiles. Uber est une entreprise américaine spécialisée dans les VTC, tandis que DiDi est une plateforme chinoise, leader en Asie, qui s’est implantée en Argentine. Ces entreprises permettent aux particuliers de proposer des trajets en voiture à des clients, moyennant une commission prélevée par la plateforme. Pour les retraités, ces emplois offrent une flexibilité, mais aussi des revenus souvent insuffisants pour couvrir leurs besoins, d’où la nécessité de travailler de longues heures.

