À Saint-Denis, les habitants de l'Îlot 8 ont réussi à défendre "l'architecture de la rencontre" de Renée Gailhoustet
Depuis 2015, un collectif d'habitants se bat pour que la rénovation de l'Îlot 8, une zone HLM de l'hypercentre de Saint-Denis, garde l'esprit de sa conceptrice, l'architecte Renée Gailhoustet. La nouvelle municipalité LFI, élue en 2026, affirme écarter une résidentialisation de la zone..
L'Îlot 8 est un ensemble de 185 logements sociaux situés dans le centre-ville de Saint-Denis, en région parisienne. Construit entre 1975 et 1986, il se distingue par son architecture triangulaire et ses appartements atypiques, comme des triplex avec terrasses. Conçu par Renée Gailhoustet, une architecte engagée pour un logement social innovant, ce quartier mêle espaces résidentiels, commerciaux et publics. Contrairement aux HLM classiques, il intègre des jardins partagés et des escaliers ouverts, favorisant les rencontres entre habitants. Dalila Ven, résidente depuis 20 ans, souligne que ce cadre de vie unique crée une solidarité forte, où les voisins deviennent une véritable famille. Le quartier est surnommé le Jardin Renée Gailhoustet en hommage à son architecte.
Renée Gailhoustet (1929-2023) était une figure majeure de l'architecture sociale en France. Elle a conçu l'Îlot 8 comme un modèle d'architecture de la rencontre, où les espaces ne sont pas cloisonnés mais s'entremêlent pour favoriser les interactions. Contrairement aux projets urbains classiques qui séparent logements, commerces et services, elle a imaginé un quartier où tout est accessible et partagé. Son approche visait à éviter la résidentialisation, c'est-à-dire la fermeture des espaces publics aux non-résidents. Les habitants soulignent que cette conception a permis de créer un lieu de vie dynamique, où des personnes de milieux sociaux différents se côtoient naturellement. Gailhoustet a livré l'Îlot 8 en 1986, et c'est le seul projet entièrement social qu'elle a signé.
En 2015, la mairie communiste de Saint-Denis, dirigée par Mathieu Hannotin (maire de 2020 à 2026), propose un projet de rénovation de l'Îlot 8. Les habitants, non consultés, découvrent un plan prévoyant la résidentialisation du quartier : fermeture des six escaliers menant à la dalle centrale, sortie de certains logements du parc social pour les vendre, et augmentation des charges pour les résidents. Ce projet est perçu comme une tentative de gentrification, c'est-à-dire de transformation du quartier pour attirer une population plus aisée, réduisant ainsi la part de logements sociaux en centre-ville. Les habitants craignent une perte de leur cadre de vie et de la mixité sociale qui caractérise l'Îlot 8.
Face à ce projet, les résidents de l'Îlot 8 se constituent en collectif dès 2015, puis fondent l'association Les Ami.es de l'Îlot 8 en décembre 2025. Leur lutte repose sur la défense de l'héritage de Renée Gailhoustet et de son architecture de la rencontre. Ils dénoncent un projet qui, selon eux, normalise les espaces en les séparant et en excluant le public. Hélène Degoy, présidente de l'association, explique que la fermeture des escaliers empêcherait les habitants de profiter de la dalle centrale, tout en alourdissant les charges. Le collectif s'oppose aussi à la vente de logements sociaux, qui réduirait encore la mixité dans le quartier.
En 2026, une nouvelle municipalité, dirigée par La France Insoumise (LFI), est élue à Saint-Denis. Elle affirme écarter le projet de résidentialisation de l'Îlot 8, marquant une victoire pour les habitants et leur collectif. Cette décision met fin à une lutte de plus de dix ans pour préserver l'esprit du quartier conçu par Gailhoustet. Les résidents, comme Mahamedou, soulignent que l'Îlot 8 incarne l'esprit de Saint-Denis, où des personnes de milieux différents se rencontrent et vivent ensemble. La préservation de ce modèle architectural et social est perçue comme un exemple de résistance face aux projets urbains standardisés.

