Sonia Sarfati écrit la mort avec des mots bien vivants
À 66 ans, l’autrice et journaliste publie «Départs», un premier livre de fiction destiné aux adultes..
Sonia Sarfati est une autrice et journaliste québécoise née en France en 1958, d’une mère d’origine italienne et d’un père tunisien. Arrivée au Québec à l’âge de 10 ans, elle a publié environ 60 livres, principalement destinés à la jeunesse. Après 28 ans de carrière au journal La Presse, elle collabore depuis 2020 aux sections cinéma et littérature du quotidien Le Devoir. À 66 ans, elle publie son premier ouvrage de fiction pour adultes, Départs, un récit autofictionnel. Ce livre marque une étape importante dans sa carrière littéraire, bien qu’elle soit déjà reconnue pour son travail journalistique et ses publications jeunesse. Son parcours illustre une transition entre deux publics et deux genres littéraires, tout en conservant une écriture accessible et engagée.
Départs est un récit autofictionnel publié à l’automne 2026 aux éditions Québec Amérique, dans la collection III, dirigée par Danielle Laurin. Ce livre est le quinzième titre de cette collection, dont chaque ouvrage est constitué de trois récits inspirés de moments marquants de la vie de l’auteur. Départs aborde trois deuils majeurs vécus par Sonia Sarfati : la mort de sa mère par aide médicale à mourir, celle de son père après une maladie, et le départ de son enfant L. pour Londres, qui a fait son coming out non binaire avant son départ. L’autrice y explore ces transitions avec une écriture sensible, mêlant souvenirs heureux et douloureux, tout en utilisant un ton naturel et parfois ironique. Le titre du livre reflète ces trois départs, symbolisant à la fois des pertes et des transformations personnelles.
La collection III des éditions Québec Amérique, dirigée par Danielle Laurin, propose des ouvrages composés de trois récits autobiographiques liés par un thème commun. Chaque titre de la collection est structuré autour de trois moments clés de la vie de l’auteur, offrant une réflexion sur des expériences personnelles et universelles. Danielle Laurin, autrice et journaliste, a encouragé Sonia Sarfati à écrire pour cette collection après 31 ans d’amitié. Le concept de la collection repose sur l’idée que trois récits peuvent capturer la complexité d’une expérience humaine, en combinant profondeur émotionnelle et accessibilité. Ce format permet aux lecteurs de s’identifier à des récits intimes tout en découvrant des perspectives variées.
Les trois parties de Départs sont intitulées « La mort, la mère », « Le port, le père » et « Le corps, la guerre ». Ces titres reflètent les trois deuils centraux du livre. Le premier évoque la mort de la mère de l’autrice, qui a choisi l’aide médicale à mourir, une expérience décrite comme traumatisante. Le second traite du décès de son père, survenu un an et demi avant celui de sa mère, et de leur relation complexe, marquée par des non-dits et une fuite perpétuelle face à la maladie. Le troisième aborde le départ de son enfant L., qui a révélé son identité non binaire avant de s’installer à Londres. Ces trois récits sont liés par le thème du départ, qu’il s’agisse de mort, de séparation ou de transformation identitaire. L’autrice y explore comment ces événements ont façonné sa compréhension d’elle-même et de ses relations familiales.
Sonia Sarfati décrit son style d’écriture comme des « sauts de puce », une expression popularisée par l’écrivain Dany Laferrière. Cette métaphore illustre la manière dont son texte alterne entre différents moments, lieux et époques, en mélangeant souvenirs heureux et douloureux, ainsi que des réflexions personnelles et des digressions. Son écriture est décrite comme sensible, sans être dépourvue d’ironie, et parsemée de parenthèses qui ajoutent une dimension spontanée et intime. Ce style reflète sa volonté de capturer la complexité des émotions et des relations humaines, en évitant une narration linéaire. L’autrice utilise également des jeux de mots et des expressions comme « plag’écrire » ou « caf’écrire » pour décrire ses habitudes de travail, soulignant son attachement à l’écriture comme une forme de thérapie et de compréhension de soi.
Pour Sonia Sarfati, écrire Départs avait un objectif cathartique, c’est-à-dire une volonté de se libérer d’un poids émotionnel en transformant ses expériences douloureuses en récit. L’autrice explique que le processus d’écriture lui a permis de mieux comprendre ses parents et son enfant, ainsi que les dynamiques complexes de leurs relations. Elle espère que son livre pourra aider d’autres parents à se reconnaître dans ses réflexions, notamment sur des thèmes comme l’aide médicale à mourir, les non-dits familiaux ou l’acceptation de l’identité de son enfant. Le récit vise également à explorer la construction de soi à travers les générations, en montrant comment les parents influencent profondément leurs enfants, même dans les relations conflictuelles. L’autrice souligne que ce livre est une tentative de donner un sens à ces expériences et de transmettre une forme de compréhension universelle.
À travers *Départs*, Sonia Sarfati approfondit sa réflexion sur la parentalité et l’héritage familial. Elle réalise que ses relations avec ses parents et son enfant ont façonné sa personnalité, ses peurs et ses aspirations. L’autrice décrit comment elle a dû *« passer outre »* certaines dynamiques familiales tout en reconnaissant l’amour inconditionnel qui les unissait. Elle souligne que, malgré les conflits et les incompréhensions, ses parents lui ont transmis des valeurs et une protection, tout en la poussant à se construire en dehors de leur ombre. Ce livre devient ainsi une exploration de l’identité, où l’autrice reconnaît que *« je suis mes parents »*, tout en cherchant à se définir indépendamment d’eux. Cette prise de conscience survient après avoir écrit le livre, marquant une évolution personnelle et littéraire pour Sarfati.

