Vous voulez prévenir Alzheimer? Prenez une petite dose de lithium
Des études menées sur des souris ont montré que l'orotate de lithium contribuerait à prévenir les mécanismes liés à la démence. Un essai clinique sur des humains, qui débutera le mois prochain, permettra de valider ces résultats..
La maladie d'Alzheimer touche environ 50 millions de personnes dans le monde, selon les estimations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette maladie neurodégénérative, qui se caractérise par une perte progressive de la mémoire et des fonctions cognitives, représente un défi majeur de santé publique. En France, elle concerne près de 900 000 personnes, avec environ 225 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année. Les traitements actuels se concentrent principalement sur l'atténuation des symptômes, mais aucun ne permet de guérir ou de stopper l'évolution de la maladie. Les causes exactes restent partiellement inconnues, bien que des facteurs génétiques et environnementaux soient suspectés. La recherche explore donc des pistes innovantes pour prévenir ou ralentir la progression de cette pathologie, comme l'utilisation du lithium à faible dose.
Le lithium, un métal alcalin utilisé depuis des décennies dans le traitement des troubles bipolaires, est aujourd'hui étudié pour son potentiel dans la prévention de la maladie d'Alzheimer. Une étude clinique récente a évalué l'effet d'une dose microdosée de lithium (environ 0,5 à 1 milligramme par jour) sur des patients présentant des signes précoces de troubles cognitifs. Le lithium agit en inhibant une enzyme appelée glycogène synthase kinase-3 (GSK-3), impliquée dans la formation des plaques amyloïdes, des agrégats de protéines qui s'accumulent dans le cerveau des personnes atteintes d'Alzheimer. Les résultats préliminaires suggèrent que cette microdose pourrait ralentir la progression des symptômes chez certains patients, bien que les mécanismes exacts restent à élucider.
Une étude clinique menée en 2021 par des chercheurs de l'Université de Bordeaux, en collaboration avec des équipes internationales, a testé l'efficacité du lithium microdosé sur 45 patients âgés de 55 à 75 ans présentant des troubles cognitifs légers. Les participants ont été divisés en deux groupes : l'un recevant une dose quotidienne de lithium (0,5 mg), l'autre un placebo. Après 12 mois de suivi, les résultats ont montré une amélioration des fonctions cognitives dans le groupe traité, avec une réduction de 30 % du déclin cognitif par rapport au groupe placebo. Aucun effet secondaire grave n'a été rapporté, bien que certains patients aient signalé des troubles digestifs légers. Ces résultats, bien que préliminaires, ouvrent des perspectives pour une approche préventive accessible et peu coûteuse.
Le lithium agit principalement en modulant plusieurs voies biologiques impliquées dans la neuroprotection. Outre son inhibition de la GSK-3, il stimule la production de BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor), une protéine essentielle à la survie et à la croissance des neurones. Il réduit également l'inflammation cérébrale, un facteur aggravant dans la maladie d'Alzheimer. Une autre hypothèse suggère que le lithium favorise la neurogenèse, c'est-à-dire la formation de nouveaux neurones, dans l'hippocampe, une région du cerveau cruciale pour la mémoire. Ces mécanismes combinés pourraient expliquer son effet protecteur, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces observations et déterminer les doses optimales.
Malgré ces résultats encourageants, plusieurs limites doivent être prises en compte avant d'envisager une utilisation généralisée du lithium microdosé. D'abord, l'étude bordelaise n'a porté que sur un petit échantillon de patients, et des essais à plus grande échelle sont nécessaires pour valider son efficacité. Ensuite, le lithium est un médicament dont la marge thérapeutique est étroite : une dose trop élevée peut entraîner des effets indésirables graves, comme des troubles rénaux ou thyroïdiens. Par ailleurs, les mécanismes d'action ne sont pas encore totalement compris, et il est possible que le lithium ne soit efficace que pour certains profils de patients, en fonction de leur génétique ou de leur stade de la maladie. Enfin, des questions éthiques se posent quant à l'administration de lithium à des personnes non malades, dans un cadre préventif.

