Les vêtements qui ont changé le monde : Le keffieh
Un carré de tissu devenu étendard : histoire d’un symbole qui a fini par incarner tout un peuple, le keffieh..
Le keffieh est à l'origine un simple carré de coton, utilisé par les paysans palestiniens pour se protéger des conditions climatiques extrêmes. Ce vêtement modeste, porté dans les régions montagneuses de Galilée, le désert du Néguev et autour de Gaza, servait à protéger du soleil brûlant et des vents violents. Il était également présent dans d'autres pays du Proche-Orient, comme l'Irak et la Syrie. À cette époque, il n'avait aucune connotation politique ou symbolique : c'était un outil pratique, ancré dans la vie quotidienne des populations rurales. Son usage était avant tout fonctionnel, lié à l'agriculture et à la survie dans des environnements hostiles.
Au cours du 20ème siècle, le keffieh quitte les campagnes pour s'imposer dans les villes, où il devient progressivement un symbole politique et identitaire. Il accompagne les révoltes et les mouvements de résistance, notamment en Palestine, où il incarne l'appartenance à une cause collective. Dans les années 1970, il est massivement utilisé lors des manifestations et des mobilisations, devenant un emblème visuel fort. Un exemple marquant est son utilisation par Yasser Arafat, président de l'Autorité palestinienne, qui l'a porté comme un signe de ralliement. En décembre 2001, lors d'une messe de minuit à Bethléem, Monseigneur Sabbah a même remplacé Arafat par un keffieh posé sur une chaise vide, symbolisant son absence forcée. Le keffieh passe ainsi d'un vêtement utilitaire à un étendard politique, porteur de revendications et de solidarité.
À partir des années 1970 et 1980, le keffieh franchit les frontières du Proche-Orient et devient un symbole mondial de lutte et de résistance. Il est adopté par des militants, des artistes et des célébrités, notamment en Europe et aux États-Unis, où il est noué autour du cou comme un signe d'opposition ou de soutien à la cause palestinienne. Le keffieh est également intégré dans la culture populaire, apparaissant sur les podiums de mode et dans les collections de grandes marques. Cette mondialisation du keffieh en fait à la fois un objet de style et un symbole politique, mais aussi un produit commercialisé. Les podiums s'en emparent, les marques le détournent, et il se transforme en accessoire de mode, perdant parfois sa signification originelle. Malgré cette commercialisation, le keffieh reste un emblème chargé de sens pour de nombreuses personnes.
Le keffieh a connu une évolution complexe, passant d'un vêtement de protection à un symbole politique, puis à un objet de mode mondialisé. Cette transformation soulève des questions sur la signification actuelle du keffieh. D'un côté, il reste un emblème fort pour les Palestiniens et leurs soutiens, incarnant la résistance et l'identité nationale. De l'autre, son utilisation par des marques et des célébrités peut le réduire à un simple accessoire esthétique, vidant parfois son message politique de sa substance. Cette ambiguïté pose la question de la préservation de son sens originel face à sa popularisation et à sa commercialisation. Le keffieh continue d'exister, mais son rôle et sa signification varient selon les contextes et les interprétations.
Plusieurs acteurs ont joué un rôle central dans l'histoire du keffieh. Yasser Arafat, figure politique palestinienne, a contribué à en faire un symbole de la cause palestinienne, notamment lors de son discours à l'ONU en 1974. Des historiens comme Elias Sanbar et des experts en histoire de l'art comme Khémaïs Ben Lakhdar ont analysé son évolution et son impact culturel. Le keffieh a également été popularisé par des artistes, comme la chanteuse Rim Banna, dont les chansons ont accompagné des mouvements de résistance. Des archives sonores et télévisuelles, comme celles de l'INA ou de France Télévision, documentent son utilisation dans des contextes variés, allant des manifestations aux défilés de mode. Ces archives illustrent la diversité des rôles que le keffieh a pu jouer au fil du temps.

