Plus de 8 000 morts pendant les canicules : «C’est le résultat de réactions politiques trop lentes et d’un manque d’adaptation»
De mai jusqu’à fin août, Santé publique France a mis en évidence une surmortalité de 8 124 décès pendant les épisodes de fortes chaleurs. Logement, précarité, maladies chroniques… Face au couperet des fortes températures, réduire les inégalités permettrait de limiter les morts en excès..
L’été 2026 a enregistré un excès de mortalité record lors des canicules en France, avec 8 124 décès supplémentaires selon Santé publique France, un chiffre provisoire qui ne couvre pas encore toute la période estivale. Ce bilan dépasse largement les 1 240 morts sur la route enregistrés sur la même période et s’approche du drame de 2003, où 15 000 personnes étaient décédées lors d’un épisode similaire. Le pic de mortalité a été atteint fin juin, avec 5 764 décès en excès entre le 17 juin et le 2 juillet, un niveau jamais observé pour cette saison. Les mois de juillet et août ont également enregistré respectivement 1 243 et 817 morts supplémentaires, tandis que mai comptait déjà 300 décès en excès lors d’une canicule précoce. Deux tiers des victimes de juin et trois quarts de celles de juillet avaient plus de 75 ans, mais toutes les tranches d’âge ont été touchées, y compris les 15-44 ans, avec une centaine de décès en excès dans cette catégorie.
La chaleur extrême a provoqué des hyperthermies, des coups de chaleur, des malaises et des déshydratations, aggravant aussi des problèmes respiratoires ou cardiovasculaires préexistants. Les logements mal adaptés, comme les chambres sous les combles ou les appartements mal isolés, ont joué un rôle majeur : vivre sous les toits multiplie par quatre le risque de mourir à cause de la chaleur selon une étude de Santé publique France. Les funérariums saturés et les délais pour constater les décès (parfois supérieurs à 24 heures) illustrent l’ampleur de la crise. Les inégalités sociales aggravent la situation : les personnes précaires, vivant dans des logements petits et mal protégés, sont plus exposées. Les ouvriers ont un risque de mortalité 3,6 fois plus élevé que la moyenne, et les quartiers urbains denses, dépourvus de végétation, présentent des températures jusqu’à 10°C plus élevées que les zones périphériques.
Les experts, comme Kévin Jean (épidémiologiste) et Basile Chaix (directeur de recherche à l’Inserm), pointent du doigt des réactions politiques trop lentes et un manque d’adaptation face à la crise. Ils citent notamment le retard de la campagne de sensibilisation de Santé publique France, freinée par le ministère de la Santé en mai, ainsi que la réduction drastique du Fonds vert destiné à l’adaptation climatique dans les collectivités territoriales. La climatisation dans les maisons de retraite, généralisée après 2003, reste insuffisante dans les logements individuels. Philippe Drobinski, climatologue, souligne que la capacité de récupération nocturne du corps est cruciale, mais les politiques publiques n’ont pas suffisamment pris en compte ce phénomène. Les morts sont qualifiés d’évitables si des mesures adaptées avaient été mises en place.
Les récits des familles endeuillées illustrent l’impact humain de cette crise. Alita Barletta, metteuse en scène parisienne, a perdu son frère de 65 ans en juin, dont la mort a été attribuée à une hyperthermie provoquée par la chaleur extrême. Sa famille a dû attendre plus de 24 heures pour qu’un médecin constate le décès, submergé par l’afflux de victimes. Marie-Anne, dont le grand-père est décédé à Paris, décrit une scène surréaliste : sa famille a dû s’installer dans une cave pour échapper à la chaleur étouffante de l’appartement. Les funérariums saturés ont forcé certaines familles à envoyer les corps dans des villes voisines, comme Meaux, rendant le deuil encore plus douloureux. Ces témoignages soulignent l’urgence d’agir pour éviter de nouvelles tragédies.
Pour réduire la mortalité liée aux canicules, les experts insistent sur plusieurs pistes : améliorer l’isolation des logements, notamment pour les personnes âgées et précaires, végétaliser les villes pour lutter contre les *îlots de chaleur urbains* (zones où la température est bien plus élevée qu’ailleurs), et renforcer les systèmes de santé pour une prise en charge rapide des victimes. Basile Chaix estime que **70 % des décès pourraient être liés au logement**, ce qui rend indispensable une politique publique ambitieuse. Kévin Jean rappelle que les inégalités se cumulent : précarité, logement inadapté, accès limité aux soins et exposition professionnelle à la chaleur. Sans une adaptation urgente, les épisodes de canicule à venir pourraient reproduire cette hécatombe, avec des conséquences encore plus graves.

