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Des bénévoles font avancer l'étude des baleines dans le Saint-Laurent

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 21 j

René Roy a pris plus de 80 000 photos, faisant ainsi avancer la science au sujet des baleines..

Un passionné de baleines

René Roy, informaticien à la retraite, consacre sa vie depuis plus de 25 ans à l’étude des baleines dans le Saint-Laurent. Son travail repose sur une méthode rigoureuse : photographier et identifier les rorquals bleus, le plus grand mammifère ayant jamais vécu sur Terre. Il a ainsi constitué une banque personnelle de plus de 88 000 photos, couvrant 280 individus différents. Son approche, bien que bénévole, contribue activement à la recherche scientifique en fournissant des données précieuses sur les déplacements, les comportements et les blessures de ces animaux. Par exemple, il a remarqué que certaines baleines présentaient des marques de blessures, probablement causées par des engins de pêche, illustrant ainsi les interactions entre activités humaines et vie marine. Son expérience lui permet de repérer des détails invisibles pour un œil non exercé, comme une pigmentation unique sur le dos des baleines, comparable à une empreinte digitale.

L’identification des baleines

L’identification des rorquals bleus repose sur l’analyse de leurs marbrures, des motifs uniques sur leur peau, visibles sur les photos. Pour être valide, une photo doit montrer les deux côtés du dos de l’animal. René Roy envoie systématiquement ses clichés à la Station de recherche des îles Mingan (MICS), un organisme scientifique mondialement reconnu pour ses travaux sur les grands rorquals. Le MICS, fondé par Richard Sears, utilise ces images pour enrichir un catalogue d’individus, permettant de suivre leurs déplacements et leur histoire. Par exemple, une baleine nommée Phoenix (B275), une femelle repérée pour la première fois en 1992, a été revue à plusieurs reprises, notamment en 2018 avec un baleineau. Grâce à cette collaboration, René Roy peut parfois identifier une baleine en quelques heures, comme il le fait pour une partie de ses observations.

La science citoyenne

La collaboration entre René Roy et le MICS illustre le concept de science citoyenne, où des amateurs contribuent activement à la recherche scientifique. René, qui a toujours été fasciné par la nature, a commencé à photographier les baleines à la fin des années 1990. Ses premières photos, envoyées par courriel ou par la poste, ont permis au MICS de confirmer des déplacements de baleines entre deux points sans utiliser de balises satellites. Cette synergie a conduit à une rencontre en mer en 2001, où René et Richard Sears ont observé ensemble des rorquals bleus, communs et à bosse. Depuis 2010, le MICS finance une partie des sorties de René, couvrant notamment les coûts d’essence, qui s’élèvent à environ 1,80 € par litre, soit 91 litres pour une sortie de 10 heures couvrant 91 milles nautiques (environ 168 kilomètres).

Les zones d’alimentation

Le Saint-Laurent abrite des zones clés pour l’alimentation des rorquals bleus, comme celle située entre Pointe-des-Monts (Côte-Nord) et Grosses-Roches (Matanie). À cet endroit, le courant du Labrador rencontre une falaise sous-marine abrupte, forçant le krill (de petits crustacés dont se nourrissent les baleines) à remonter vers la surface. Cette concentration de nourriture attire les rorquals bleus, qui s’y nourrissent exclusivement. Avant les contributions de René Roy, ces animaux étaient surtout observés dans d’autres zones comme l’embouchure du fjord du Saguenay ou en Minganie. Ses observations ont permis de documenter une nouvelle aire d’alimentation pour les baleines, soulignant l’importance de ces écosystèmes pour leur survie.

Ce que ça pourrait changer

René Roy consacre environ 30 sorties par an à l’observation des baleines, un engagement qui dépasse largement le cadre d’un simple passe-temps. Son travail, bien que non rémunéré, est essentiel pour la recherche scientifique. Il finance lui-même une grande partie de ses expéditions, bien qu’il ne révèle pas le montant total investi. Son approche rigoureuse et patiente a permis de documenter des comportements rares, comme les blessures causées par des engins de pêche, ou des interactions entre espèces, comme l’observation d’un cachalot nommé *Tryphon*, un mâle connu du Saint-Laurent. Pour René, cette passion est une façon de préserver un environnement qu’il chérit depuis son enfance, passée à explorer les rivages rocheux de Sainte-Luce, où il a construit sa maison.

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