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Chandails controversés : une initiative « haineuse », « honteuse » et « grotesque »

ICI Radio-Canada · mis à jour 10 sept.

Rebel News a mis en vente des chandails orange portant des slogans comme « Toujours aucune preuve »..

Origine du chandail orange

En 1976, Phyllis Webstad, une enfant autochtone, portait un chandail orange offert par sa grand-mère lors de son premier jour au pensionnat de la mission Saint-Joseph en Colombie-Britannique. Ce chandail lui fut confisqué par les responsables de l’établissement et ne lui fut jamais rendu. Trente ans plus tard, en 2013, Mme Webstad a fondé la Journée du chandail orange (devenue depuis la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation), célébrée chaque 30 septembre. Cette journée rend hommage aux enfants autochtones ayant subi les pensionnats, un système d’assimilation forcée au Canada. Le chandail orange symbolise aujourd’hui la résistance et la mémoire de ces victimes, avec plus de 4 000 décès d’enfants autochtones recensés par le Centre national pour la vérité et la réconciliation dans ce système.

Vente de chandails controversés

Le 26 août 2026, le média Rebel News a commencé à vendre en ligne des chandails orange à l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Ces vêtements portent des slogans comme « Toujours aucune preuve », « Creusez plus profondément », « Vous ne pouvez pas supporter la vérité » ou « Le Canada a été bâti, pas volé ». Ces messages remettent en cause les témoignages des survivants et les preuves des crimes commis dans les pensionnats autochtones. Phyllis Webstad a qualifié cette initiative de « haineuse », « honteuse » et « grotesque », soulignant que ces chandails exploitent la douleur des familles autochtones pour des profits. Le média justifie cette vente par la défense de la liberté d’expression, affirmant que les Canadiens devraient pouvoir remettre en question les politiques officielles, y compris celles liées à cette journée commémorative.

Réactions politiques et sociales

La vente de ces chandails a provoqué une vague d’indignation au Canada. Le caucus libéral des Autochtones a dénoncé ces produits comme « répréhensibles » et indignes de toute organisation. La ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty (membre de la Nation crie de Waswanipi), a qualifié cette initiative de « honteuse et grotesque », précisant que sa propre mère et sa grand-mère avaient été contraintes de fréquenter un pensionnat. Le député conservateur Billy Morin a également condamné ces chandails, les qualifiant de « racistes » et « répugnants ». Le gouvernement canadien a été interpellé pour agir, notamment via un projet de loi déposé par la députée néo-démocrate Leah Gazan, visant à criminaliser le négationnisme des pensionnats autochtones.

Négationnisme et ses impacts

Le négationnisme désigne ici le rejet ou la minimisation des crimes commis dans les pensionnats autochtones, malgré les preuves accablantes (témoignages, archives, découvertes de tombes non identifiées). Sean Carleton, professeur à l’Université du Manitoba, explique que cette stratégie vise à semer le doute sur les vérités établies, retardant ainsi la réconciliation. Les slogans des chandails, comme « Creusez plus profondément », sous-entendent que les preuves des crimes seraient cachées, une affirmation rejetée par les historiens et les survivants. Le négationnisme est considéré comme une forme de racisme anti-autochtone, exploitant la souffrance pour des gains financiers ou idéologiques. En 2021, la découverte de 215 tombes non identifiées près d’un ancien pensionnat en Colombie-Britannique avait marqué un tournant dans la reconnaissance de ces crimes.

Enjeux juridiques et solutions

Le gouvernement canadien étudie actuellement des mesures pour lutter contre le négationnisme des pensionnats autochtones. En 2023, le Sénat a rejeté un amendement au projet de loi C-9 qui aurait criminalisé ce type de discours haineux. Cependant, la députée Leah Gazan a relancé l’idée d’une loi spécifique, soulignant que ces chandails constituent une « incitation à la haine » et une « monétisation de la souffrance ». Phyllis Webstad soutient cette initiative, estimant que ces actions justifient une réponse législative forte. Le ministre de la Justice, Sean Fraser, a été saisi du dossier, mais aucune mesure concrète n’a encore été annoncée. Les communautés autochtones demandent une consultation pour élaborer des solutions adaptées.

Ce que ça pourrait changer

Rebel News, média connu pour ses positions controversées, présente ces chandails comme une réponse à la *« politique identitaire »* canadienne, affirmant que les Canadiens sont forcés de soutenir des opinions officielles. Sean Carleton craint que ces produits ne provoquent des conflits dans les écoles, où des parents pourraient utiliser ces slogans pour contester les politiques de commémoration. Les chandails sont disponibles en tailles pour enfants, une stratégie perçue comme une provocation délibérée. Les survivants et leurs familles appellent au respect, soulignant que ces initiatives sapent les efforts de *vérité*, *guérison* et *réconciliation*, trois piliers définis par la *Commission de vérité et réconciliation* du Canada.

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