Les chiens errants de Tchernobyl se transmettent-ils leurs mutations génétiques?
Les chercheurs se sont demandé si les radiations liées à l'explosion de Tchernobyl étaient à l'origine de différences génétiques chez les chiens. Si l'exposition a entraîné des modifications génétiques délétères, les descendants pourraient être porteurs de ces mutations..
Le 26 avril 1986, un réacteur nucléaire explose à Tchernobyl, en Ukraine, provoquant la pire catastrophe nucléaire de l'histoire. Les incendies et les implosions qui suivent contaminent gravement la zone, entraînant l'évacuation immédiate de près de 116 000 personnes. Dans la précipitation, ces habitants laissent derrière eux leurs animaux de compagnie, notamment des chiens. Aujourd'hui, des décennies plus tard, des dizaines de chiens errants, descendants de ces animaux abandonnés, vivent toujours dans la zone contaminée autour de la centrale en ruines. Ces chiens, exposés en permanence aux radiations, sont devenus un sujet d'étude pour les scientifiques, qui cherchent à comprendre l'impact des radiations sur leur santé et leur patrimoine génétique.
En 2023, des chercheurs de l'Institut américain de recherche sur le génome humain, de l'université de Caroline du Sud et d'autres institutions ont publié une étude génétique portant sur 302 chiens vivant près de la centrale nucléaire de Tchernobyl et dans les zones voisines. Les résultats montrent que les chiens vivant à proximité immédiate de la centrale présentent des différences génétiques marquées par rapport à ceux vivant dans la ville de Tchernobyl, située à environ 16 kilomètres. Les scientifiques ont exploré l'hypothèse selon laquelle ces différences pourraient être liées à l'exposition prolongée aux radiations. Cette étude a soulevé la question d'une éventuelle évolution accélérée de ces chiens en raison des mutations génétiques.
Une étude publiée en septembre dans la revue Genes suggère que certains chiens de Tchernobyl, porteurs de variations génétiques spécifiques, pourraient avoir plus de chances de survivre et de se reproduire. Cela indiquerait une forme de sélection naturelle, où les individus les mieux adaptés aux conditions environnementales difficiles transmettent leurs gènes à leur descendance. Cependant, ces résultats restent débattus. Jim Smith, professeur de sciences de l'environnement à l'université de Portsmouth au Royaume-Uni, estime que les niveaux de radiation subis par les chiens ne sont pas suffisamment élevés pour influencer significativement cette sélection naturelle. Il souligne la nécessité d'analyses plus poussées pour confirmer ces hypothèses.
En 2018, quinze chiots originaires de Tchernobyl ont été adoptés par des familles américaines après avoir été stérilisés. Timothy Mousseau, biologiste à l'université de Caroline du Sud et coauteur de l'étude, a émis l'hypothèse que ces chiens pourraient transmettre des mutations délétères (nuisibles) à d'autres populations canines s'ils se reproduisaient. Cependant, cette transmission n'est possible que si un chien quitte la zone contaminée et a des petits ailleurs. Les chiens adoptés ayant été stérilisés, ils ne peuvent pas avoir de descendance, limitant ainsi ce risque pour l'instant. Cette question reste un sujet de recherche actif pour évaluer l'impact à long terme des radiations sur les générations futures de chiens.
Les études sur les chiens de Tchernobyl ont suscité des débats parmi les scientifiques. Certains, comme ceux ayant publié dans *Genes*, observent des signes de sélection naturelle chez ces animaux, suggérant une adaptation progressive à leur environnement radioactif. D'autres, comme Jim Smith, restent sceptiques et estiment que les données disponibles ne prouvent pas un lien direct entre les radiations et une évolution génétique significative. Ils appellent à des analyses plus approfondies de l'ADN des chiens pour mieux comprendre les mécanismes en jeu. Ces recherches soulignent la complexité des effets des radiations sur les organismes vivants et la nécessité de poursuivre les investigations.

