L’Agence de l’investissement pour la défense deviendra une société d’État
Il s’agit d’une refonte majeure du plan élaboré il y a à peine quelques mois..
Le gouvernement libéral fédéral canadien a annoncé une transformation majeure de l’Agence de l’investissement pour la défense en créant la Société canadienne d’investissement pour la défense. Cette nouvelle entité sera une société d’État, c’est-à-dire une entreprise publique dotée d’une autonomie de gestion, contrairement à une administration classique directement contrôlée par l’État. Le projet de loi C-40, déposé le 6 octobre 2026, officialise cette refonte, qui intervient seulement quelques mois après la création initiale de l’agence en octobre 2025. L’objectif affiché est d’accorder à cette structure une indépendance accrue vis-à-vis du gouvernement, tout en lui permettant de prendre des décisions plus rapidement grâce à un conseil d’administration dédié et une gestion autonome.
La Société canadienne d’investissement pour la défense relèvera d’un nouveau ministre délégué à la Défense nationale, spécifiquement chargé des marchés publics. Ce ministre aura pour mission de superviser les activités de la société, tout en lui laissant une marge de manœuvre opérationnelle. Cette organisation vise à séparer les fonctions de contrôle politique et de gestion opérationnelle. Le gouvernement justifie ce changement par la nécessité d’améliorer l’efficacité des dépenses publiques en matière de défense, en évitant les lourdeurs administratives traditionnelles des ministères. Le ministre délégué sera donc un intermédiaire entre le gouvernement et la société, sans interférer dans ses décisions quotidiennes.
L’Agence de l’investissement pour la défense avait été créée en octobre 2025 par le premier ministre Mark Carney, avec à sa tête Doug Guzman, un ancien banquier de la Banque Royale du Canada. À l’époque, le gouvernement avait opté pour un modèle d’agence ministérielle, c’est-à-dire une structure intégrée à un ministère, afin de conserver un contrôle direct sur les dépenses. Cependant, en mai 2026, le secrétaire d’État responsable des achats de défense, Stephen Fuhr, avait défendu ce modèle en arguant qu’il offrait un meilleur contrôle gouvernemental. Le revirement actuel vers une société d’État marque donc un changement de stratégie, reflétant une volonté de flexibilité et de réactivité accrue dans la gestion des investissements de défense.
Le gouvernement fédéral présente cette transformation comme un moyen d’améliorer l’efficacité des dépenses publiques en matière de défense. En devenant une société d’État, l’agence pourra agir avec une autonomie comparable à celle d’une entreprise privée, tout en restant sous contrôle public. Cela inclut la capacité de prendre des décisions financières et stratégiques plus rapidement, sans passer par les procédures bureaucratiques habituelles. Le conseil d’administration de la société, distinct de la hiérarchie ministérielle, sera chargé de superviser ces orientations. L’objectif est de rationaliser les marchés publics de la défense, c’est-à-dire les contrats d’achat de matériel ou de services pour les forces armées, en réduisant les délais et en optimisant les coûts.
Cette réforme s’inscrit dans un contexte où le Canada cherche à moderniser ses capacités de défense, notamment face à des enjeux géopolitiques changeants. Le gouvernement Carney, au pouvoir depuis 2025, mise sur une gestion plus agile des ressources publiques pour répondre aux besoins militaires. La création de cette société d’État s’ajoute à d’autres initiatives visant à renforcer l’autonomie stratégique du pays. Doug Guzman, toujours à la tête de l’agence, incarne cette approche en apportant une expertise du secteur privé au service de l’intérêt public. Le projet de loi C-40 devra être adopté par le Parlement pour entrer en vigueur, ce qui pourrait donner lieu à des débats sur l’équilibre entre indépendance et contrôle démocratique.

