Colère étudiante en Inde : Modi promet de punir les responsables des fraudes aux examens
La police de la capitale a sévèrement réprimé lundi une manifestation de dizaines de milliers d'étudiants..
En mai 2024, un examen national organisé en Inde pour plus de 2 millions d’étudiants souhaitant intégrer des études de médecine a été marqué par des fraudes massives. Ces irrégularités ont conduit à l’annulation des résultats, provoquant une crise majeure. Selon les médias locaux, cette situation aurait poussé plusieurs candidats au suicide, bien que le nombre exact ne soit pas précisé dans l’article. Les fraudes aux examens désignent ici des tentatives de tricherie organisées à grande échelle, comme des fuites de sujets ou des corruptions, qui faussent le processus de sélection pour des places limitées dans les universités. Cet événement a déclenché une vague de colère parmi les jeunes, qui dénoncent un système éducatif défaillant et une injustice envers les étudiants honnêtes.
Depuis le lundi 10 juin 2024, des milliers d’étudiants et de jeunes Indiens manifestent dans les rues de New Delhi, la capitale, pour exiger des comptes face aux fraudes aux examens. Leur colère s’est concentrée autour de l’esplanade de Jantar Mantar, un lieu symbolique de rassemblement à proximité du Parlement. Les manifestants réclament notamment la démission du ministre de l’Éducation, qu’ils accusent de ne pas avoir protégé leur avenir. La mobilisation, qui s’étend jour et nuit, a rassemblé des dizaines de milliers de personnes et s’est propagée à d’autres villes comme Bombay, Bangalore ou Patna. Ces protestations représentent l’une des plus graves crises rencontrées par le gouvernement de Narendra Modi depuis son troisième mandat en 2024.
La réponse des autorités a été marquée par une répression violente. Le lundi 10 juin, la police a dispersé les manifestants avec des grenades lacrymogènes et des charges, faisant 180 blessés selon les autorités, dont deux tiers parmi les forces de l’ordre. Les manifestants évoquent quant à eux plusieurs centaines de blessés, ainsi que des brutalités comme des coups de bâton et des arrestations arbitraires. L’accès à internet a également été coupé dans la capitale, une mesure souvent utilisée en Inde pour limiter la coordination des mouvements sociaux. Ces méthodes ont été dénoncées par l’opposition et des observateurs, qui y voient une tentative d’étouffer la contestation.
Face à la crise, le Premier ministre indien Narendra Modi a réagi jeudi 13 juin 2024 en promettant des sanctions « sévères » contre les responsables des fraudes aux examens. Dans un message publié sur X (anciennement Twitter), il a affirmé que « rien n’est plus important que le bien-être et l’avenir de notre jeunesse » et que ceux qui nuisent à cet avenir « en subiront les conséquences ». Modi, chef du gouvernement ultranationaliste hindou, a également annoncé l’accélération des procédures judiciaires. Cette déclaration intervient après des jours de silence sur la crise, alors que la pression sur son gouvernement s’intensifie.
La colère des étudiants s’inscrit dans un contexte plus large de frustration économique. Malgré une croissance économique de plus de 7 % au premier trimestre 2024, l’Inde peine à créer suffisamment d’emplois pour sa jeunesse, qui représente une part croissante de la population. Le mouvement dépasse ainsi le cadre des fraudes aux examens pour incarner une fronde anti-pouvoir, avec des revendications plus larges sur la gouvernance et l’avenir du pays. L’opposition, menée par Rahul Gandhi du parti du Congrès, a saisi l’occasion pour critiquer Modi, l’accusant d’avoir « détruit l’avenir de la jeunesse indienne » et d’avoir « autorisé le détournement du système éducatif ». Ces tensions illustrent les défis politiques auxquels fait face le gouvernement après sa réélection en 2024.
Le mouvement est fédéré par le *parti du peuple des cafards* (*CJP*), un mouvement en ligne créé en mai 2024 par un étudiant indien. Ce groupe, qui n’est pas un parti politique traditionnel, a joué un rôle clé dans l’organisation des manifestations et la diffusion des revendications. L’opposition parlementaire, notamment le *parti du Congrès*, a également instrumentalisé la crise pour affaiblir Modi. Rahul Gandhi, chef de l’opposition, a exigé sa démission, l’accusant d’être responsable de la destruction du système éducatif. Ces dynamiques montrent comment une crise sociale peut se transformer en enjeu politique, avec des acteurs aux intérêts divergents qui cherchent à en tirer profit.

