«Il pourrait être le plus puissant jamais observé» : l’Organisation météorologique mondiale alerte sur l’intensité d’El Niño
El Niño, l’anomalie océanique naturelle et cyclique qui réchauffe le climat, s’annonce de très haute intensité en fin d’année, prévient ce jeudi matin l’organisation météorologique mondiale. Sécheresses, incendies, inondations et ouragans : ses effets viennent s’ajouter à ceux du réchauffement climatique..
L’Organisation météorologique mondiale (OMM) annonce qu’El Niño, un phénomène océanique naturel et cyclique, atteindra en fin d’année 2026 une intensité très forte, voire historique. Selon Celeste Saulo, secrétaire générale de l’OMM, cet épisode pourrait dépasser les records enregistrés depuis 40 ans, avec des températures de surface de l’océan Pacifique équatorial supérieures de 2,2°C à 2,6°C à la moyenne entre fin juillet et mi-août 2026. El Niño revient tous les deux à sept ans et se caractérise par un réchauffement anormal des eaux du Pacifique, influençant les climats mondiaux. Les scientifiques prévoient qu’il se maintiendra jusqu’en février 2027 avec une probabilité de 100 %. Depuis 1950, seuls sept épisodes ont atteint ce niveau d’intensité, le dernier en date datant de 1982-1983.
El Niño amplifie les risques de catastrophes naturelles à l’échelle mondiale. Il provoque des sécheresses en Asie du Sud et en Australie, des inondations en Amérique du Sud, et favorise la formation de cyclones dans le Pacifique. En 2026, deux ouragans et une tempête tropicale sévissent déjà dans cette zone, un phénomène rare lié aux températures océaniques exceptionnellement élevées. En Indonésie, 200 000 hectares ont déjà été ravagés par des incendies, tandis qu’au Panama, le trafic maritime dans le canal a été réduit de 5 % en raison d’une sécheresse persistante. En Guadeloupe et en Martinique, les précipitations ont chuté de 30 % à 70 % entre mai et août, affectant l’agriculture et l’élevage. Ces perturbations s’ajoutent aux effets du réchauffement climatique, créant une situation où les événements extrêmes deviennent la nouvelle norme.
El Niño est causé par un réchauffement des eaux de surface dans le centre et l’est du Pacifique équatorial, modifiant les régimes des vents et des précipitations à l’échelle planétaire. En 2026, les températures de surface de cette zone étaient supérieures de 1,5°C à la moyenne entre mai et juillet, puis de 2,0°C en juillet, avec des pics à 2,6°C en août. Sous la surface, certaines zones océaniques affichaient des températures jusqu’à 8°C au-dessus des normales. Ces anomalies confirment la persistance du phénomène et son possible renforcement dans les mois à venir. Les scientifiques débattent encore de l’impact du changement climatique sur l’intensité d’El Niño, mais des études récentes, comme celle publiée dans Nature, suggèrent que les épisodes récents sont plus puissants qu’avant l’ère industrielle (vers 1850).
Les effets d’El Niño varient selon les régions. En Amazonie, en Amérique centrale, en Indonésie et en Australie, il aggrave les sécheresses et les risques d’incendies. En Inde, il perturbe la mousson, tandis qu’en Afrique de l’Est, il favorise des pluies diluviennes. Ces bouleversements ont des répercussions économiques majeures : en Indonésie, les feux de forêt menacent les plantations d’huile de palme, et au Panama, la réduction du trafic maritime dans le canal pourrait coûter des milliards de dollars. Celeste Saulo, secrétaire générale de l’OMM, souligne que cet épisode pourrait porter un coup dur aux populations et aux économies du monde entier, avec des perturbations déjà visibles et une aggravation attendue dans les mois à venir.
Face à l’ampleur exceptionnelle d’El Niño, António Guterres, secrétaire général de l’ONU, et Celeste Saulo appellent à une *course contre la montre* pour limiter les dégâts. Guterres déclare que *la planète s’engage en eaux inconnues* et que les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent la norme. Les gouvernements sont exhortés à agir rapidement pour protéger les populations et les économies. Celeste Saulo insiste sur la nécessité d’une *préparation et une réaction exceptionnelles*, soulignant qu’*il n’y a pas de temps à perdre*. L’année suivant un épisode El Niño, la chaleur emmagasinée dans l’océan se libère dans l’atmosphère, contribuant à augmenter les températures mondiales. L’année 2024, déjà la plus chaude jamais enregistrée, pourrait être dépassée par 2027 selon les climatologues.

