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Sélection Liberalis des vacances : le parc oriental de Maulévrier, une âme d'Extrême-Orient en Anjou.

Village Justice · mis à jour il y a 15 j

À une heure au sud d'Angers, entre bocages angevins et franges vendéennes, un jardin de vingt-neuf hectares tient un pari fou : faire surgir le Japon de l'époque Edo en pleine campagne française. Le Parc oriental de Maulévrier, le plus grand jardin d'inspiration japonaise d'Europe, est le fruit d'une passion dévorante, d'un abandon mélancolique et d'une résurrection collective.

Origines historiques

Le parc oriental de Maulévrier trouve ses racines à la fin du XIXe siècle, lorsque l'industriel du textile Eugène Bergère achète le domaine Colbert, un château détruit pendant les guerres de Vendée puis reconstruit entre 1815 et 1830. Bergère, passionné par l'orientalisme – un courant artistique européen de la Belle Époque (1871-1914) qui s'inspirait des cultures asiatiques –, souhaite transformer ce lieu en un jardin d'inspiration extrême-orientale. Il fait appel à Alexandre Marcel, architecte parisien renommé, qui avait déjà conçu des pavillons pour l'Exposition universelle de 1900 à Paris, dont ceux du Cambodge et des Messageries maritimes. Marcel, devenu gendre de Bergère, dirige les travaux entre 1899 et 1913 avec une équipe de plus de dix jardiniers, dont le chef Alphonse Duveau. Le projet s'inspire de jardins et de photographies rapportés d'Extrême-Orient, tout en récupérant des éléments architecturaux de l'Exposition universelle, comme des moulages khmers ou des lanternes de pierre, pour enrichir le parc.

Déclin et renaissance

À la mort d'Alexandre Marcel en 1928, le parc entre dans une période d'oubli. La famille Bergère quitte le château en 1945, et la propriété est morcelée en trois parties. Pendant près de quarante ans, le jardin retourne à l'état sauvage, envahi par la végétation, et un projet de parc de loisirs menace même son existence. C'est l'attachement des habitants de Maulévrier qui sauve le site : la commune l'achète en 1980, année où il est classé site naturel français. Une association de passionnés, comptant aujourd'hui entre 30 et 60 salariés selon la saison et 120 bénévoles, prend en charge sa restauration. Leur travail, souvent intense (jusqu'à 60 heures par semaine), permet de redonner vie au parc. En 1987, des professeurs japonais confirment son authenticité en tant que jardin de promenade de la période Edo (XVIe-XIXe siècle). Depuis 2004, il est labellisé « Jardin remarquable » par le ministère de la Culture, et en 2022, l'Association européenne des jardins japonais y installe son siège.

Symbolique du jardin

Le parc oriental de Maulévrier est conçu comme un récit symbolique, structuré autour de cinq éléments clés : l'eau, le minéral, le végétal, la circulation et les « fabriques » (structures architecturales). L'eau, élément central, traverse le domaine sous forme de rivière, cascades, bassins et lac, symbolisant les étapes de la vie : le ruisseau vif représente l'enfance, le bassin aux reflets incertains l'adolescence, la cascade la jeunesse, et le cours sinueux les épreuves de l'âge adulte. Le lac, occupant trois dixièmes de la surface, incarne la sérénité de la vieillesse et abrite les « Îles du Paradis » (Île Grue et Île Tortue), symboles d'immortalité. Les rochers anguleux évoquent la masculinité, tandis que les formes rondes représentent la féminité. Le parc intègre aussi des éléments khmers et des structures issues de l'Exposition universelle de 1900, comme un pont khmer ou des lanternes de pierre, reflétant la diversité des influences de l'orientalisme de l'époque.

Curiosités méconnues

Le parc recèle plusieurs surprises souvent ignorées des visiteurs pressés. D'abord, il n'est pas purement japonais : des éléments khmers, comme des moulages de temples, cohabitent avec des lanternes de pierre et des torii (portails shintoïstes), illustrant la diversité des inspirations de l'orientalisme de la Belle Époque. Ensuite, sa superficie est souvent sous-estimée : il couvre en réalité 29 hectares, dont 14 classés et accessibles au public, évoquant les paysages côtiers atlantiques. Chaque printemps, le parc célèbre le Hanami (fête japonaise d'observation des cerisiers en fleurs) avec le soutien de l'Ambassade du Japon en France, proposant des pique-niques sous les arbres en fleurs dans une démarche zéro déchet. Enfin, des promenades nocturnes poétiques et musicales y sont organisées en saison : les fabriques et la végétation s'illuminent, et six stations racontent des légendes japonaises avec voix, musique et effets visuels, guidant les visiteurs munis de lampions.

Le château Colbert

Dominant le parc, le château Colbert est un autre joyau de Maulévrier. Construit en 1679 sous le règne de Louis XIV, ce château de style classique, surnommé le « Petit Versailles », a traversé les siècles sans perdre de son élégance. Ses salons classés, plafonds à moulures, grand escalier central et chambres aux noms évocateurs (comme celles de personnages historiques) en font un écrin d'exception. L'hôtel propose 20 chambres réparties en deux catégories : les chambres de Charme et les chambres Prestige, ces dernières occupant d'anciennes salles de cérémonie avec hauts plafonds, cheminées et lits à baldaquin. Plusieurs chambres offrent une vue directe sur le parc, offrant un panorama au lever du jour. Les tarifs varient de 120 € pour une chambre double à 200 € pour une suite. Le château est fermé du 15 décembre au 31 janvier, ainsi que les dimanches et lundis.

Gastronomie et potager

Le restaurant Le Stofflet, nommé d'après le chef chouan Jean-Nicolas Stofflet, figure locale de l'histoire angevine, propose une cuisine gastronomique ancrée dans le terroir. Installé dans le château Colbert, il sert des plats inspirés des saisons et des produits du potager du château, cultivé sans pesticides ni désherbants sur 8 000 m². Ce potager, tracé selon des plans du XVIIIe siècle, a remporté deux fois le Grand Prix du Concours des Jardins potagers et porte le label « Jardin remarquable ». Il produit des tomates anciennes, courges, herbes aromatiques rares et légumes oubliés, qui finissent dans l'assiette à partir de 39 € le menu. Le restaurant est ouvert du mardi au samedi soir, sur réservation, et accueille aussi bien les résidents que les visiteurs extérieurs.

Ce que ça pourrait changer

Le parc oriental de Maulévrier et le château Colbert forment une escapade exigeant du temps pour être pleinement appréciée. Une visite complète du parc demande entre 1h30 et 3 heures, tandis que le château et ses chambres invitent à une immersion plus longue. Le parc est ouvert de mars à novembre, avec des horaires étendus en juillet-août (10h30 à 19h30) et des nocturnes de 21h à 00h30 en saison. Les tarifs d'entrée commencent à 8,50 € pour les adultes, avec des réductions pour les groupes. Le parc est situé à 12 km de Cholet, 20 km du Puy du Fou, et à environ 1 heure d'Angers ou de Nantes. Le château Colbert, quant à lui, est fermé en hiver (15 décembre au 31 janvier) et certains jours de la semaine (dimanches et lundis).

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