Après 27 ans de sortie du nucléaire, ce pays de l’UE veut réintroduire cette énergie : l’IA change totalement la donne
Ce partenaire de la France change radicalement de position..
En 1999, l’Irlande a officiellement interdit l’utilisation de l’énergie nucléaire dans son mix énergétique. Cette décision fait suite à une mobilisation sociale importante lancée en 1978. Ce choix s’inscrivait dans un contexte où le nucléaire était perçu comme une technologie risquée et peu acceptée par la population. Pendant près de 27 ans, cette interdiction a été maintenue, malgré des débats récurrents sur l’opportunité de cette énergie. Le nucléaire est une source d’énergie qui produit de l’électricité en utilisant la chaleur générée par la fission d’atomes, comme l’uranium. Contrairement aux énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole), il n’émet pas de CO₂ lors de sa production, mais il génère des déchets radioactifs nécessitant un stockage sécurisé sur le long terme.
La consommation électrique des data centers (centres de données) en Irlande représente aujourd’hui près d’un quart de l’électricité totale du pays, soit environ 25 %. Cette part pourrait atteindre 30 % d’ici 2032, selon les projections. Les data centers sont des infrastructures qui hébergent des serveurs informatiques et stockent des données numériques. Leur consommation croissante est notamment liée à l’essor des intelligences artificielles (IA) génératives, qui nécessitent une puissance de calcul colossale. Par exemple, les modèles d’IA comme ceux utilisés pour générer du texte ou des images consomment énormément d’énergie. Cette situation met à rude épreuve le système énergétique irlandais, déjà sous tension, et pousse le gouvernement à envisager des solutions pour répondre à cette demande.
Face à la pression exercée par la consommation des data centers, le gouvernement irlandais envisage de réintroduire le nucléaire dans son mix énergétique. Le Premier ministre irlandais, Michael Martin, a déclaré que le pays était désormais « ouvert à cette option ». Un député du parti au pouvoir, James O’Connor, a même déposé un projet de loi pour lever l’interdiction du nucléaire. Ce revirement s’explique par la nécessité de sécuriser l’approvisionnement énergétique et de réduire la dépendance aux énergies fossiles. L’Irlande importe en effet les quatre cinquièmes (80 %) de ses besoins énergétiques, ce qui la rend vulnérable aux fluctuations des prix et aux crises géopolitiques. Le nucléaire pourrait ainsi devenir une alternative pour diversifier son mix énergétique.
L’opinion publique irlandaise semble évoluer en faveur du nucléaire. Un sondage réalisé en avril dernier révèle que 43 % des personnes interrogées souhaitent la levée de l’interdiction, tandis que 28 % y sont opposées. Cette évolution reflète un changement de perception, notamment grâce à la démonstration de la fiabilité du nucléaire dans d’autres pays. Par exemple, la Finlande, un pays de taille comparable à l’Irlande, produit près de 40 % de son électricité grâce au nucléaire. Les partisans de cette énergie soulignent également son potentiel pour réduire la dépendance aux énergies fossiles, dont le gaz représente encore 40 % du mix énergétique irlandais. Le nucléaire est présenté comme une solution pour décarboner le secteur électrique tout en garantissant une production stable.
Des experts irlandais estiment que le nucléaire pourrait jouer un rôle clé dans la transition énergétique du pays. Eamonn O’Reilly, président du comité énergie et action climatique de l’Académie irlandaise d’ingénierie, propose de s’inspirer du modèle français des années 1970, période durant laquelle la France a massivement développé son parc nucléaire. Selon lui, l’Irlande pourrait produire jusqu’à 48 % de son électricité grâce à des *petits réacteurs modulaires* (SMR, pour *Small Modular Reactors*) d’ici 2050. Les SMR sont des réacteurs nucléaires de petite taille, plus faciles à construire et à déployer que les centrales traditionnelles. Cette solution permettrait à l’Irlande de combiner sécurité énergétique, réduction des émissions de CO₂ et indépendance vis-à-vis des importations d’énergie.

