Les trois semaines de vacances promises par le PQ feraient mal aux régions, disent les patrons
Les entrepreneurs craignent la paperasse et les conséquences de la mesure sur une main-d’œuvre déjà rare..
Le Parti québécois (PQ), dirigé par Paul St-Pierre Plamondon, a promis d’ajouter une troisième semaine de vacances payées pour tous les travailleurs du Québec. Cette mesure, annoncée après les élections, n’avait pas été clairement mise en avant pendant la campagne électorale. Elle a immédiatement été saluée par la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), un syndicat qui représente les employés. Pour les travailleurs, cette mesure signifie une amélioration des conditions de travail, car ils bénéficieraient de plus de repos. Actuellement, depuis 2018, les Québécois ont droit à une troisième semaine de vacances après trois années de service continu chez un même employeur. La promesse du PQ vise donc à réduire ce délai à une seule année de service. Cependant, cette proposition soulève des questions sur son application et ses conséquences économiques.
Les associations patronales, comme la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et le Conseil du patronat du Québec (CPQ), expriment des inquiétudes face à cette promesse. Elles craignent une augmentation des coûts pour les entreprises, notamment pour les petites et moyennes entreprises (PME), qui représentent 53 % des entreprises au Québec avec moins de cinq employés. Michelle LLambías Meunier, cheffe du CPQ, souligne que cette mesure pourrait augmenter l’indemnité de vacances de 2 %, passant de 4 % à 6 % du salaire brut annuel. François Vincent, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, ajoute que les régions éloignées, où la pénurie de main-d’œuvre est plus marquée, seraient particulièrement touchées. Le taux de postes vacants y est plus élevé, ce qui rendrait difficile la gestion d’une semaine de vacances supplémentaire pour tous les employés.
Les régions du Québec pourraient subir des conséquences disproportionnées en raison de cette mesure. Les secteurs du détail, de l’hôtellerie et de la restauration, dominés par des PME, seraient les plus affectés. Véronique Proulx, de la FCCQ, explique que les petites entreprises en région ont déjà du mal à trouver des travailleurs en raison de la pénurie de main-d’œuvre. Ajouter une semaine de vacances pour tous les employés aggraverait cette situation, car il serait encore plus difficile de couvrir les postes vacants. Caroline Senneville, de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), reconnaît que les études montrent que le repos améliore la productivité, mais elle admet que la mesure pourrait poser des défis logistiques, notamment en termes d’organisation du travail et de charge supplémentaire pour les employés restants.
Outre l’impact sur la main-d’œuvre, les entreprises s’inquiètent de l’augmentation de la paperasse administrative. Véronique Proulx souligne que les entreprises, déjà submergées par les exigences gouvernementales, craignent que cette mesure ajoute une couche supplémentaire de complexité. Les marges des PME sont souvent minces, et la conformité aux nouvelles règles pourrait représenter un fardeau financier et logistique. François Vincent rappelle que le gouvernement a promis une politique d’allègement réglementaire, incluant une règle du « deux pour un » : toute nouvelle exigence doit être compensée par la suppression de deux autres. Cependant, les détails sur la mise en œuvre de cette mesure restent flous, et les entreprises attendent des clarifications avant de pouvoir évaluer son impact réel.
Le gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon a annoncé la création d’un *Secrétariat à l’efficacité gouvernementale et à l’allègement réglementaire* pour répondre aux préoccupations des entreprises. Ce secrétariat aura pour mission de réduire la bureaucratie et d’évaluer l’impact des nouvelles mesures avant leur adoption. Cependant, les représentants patronaux restent sceptiques et attendent des détails concrets sur la façon dont cette promesse sera mise en œuvre. Ils insistent sur la nécessité de mesurer les coûts, tant sur le plan financier que sur celui de l’organisation du travail, avant d’appliquer une telle mesure. Le gouvernement devra également tenir compte de la pénurie de main-d’œuvre et des spécificités des régions éloignées pour éviter des conséquences négatives sur l’économie locale.

