De Tours à La Rochelle, Léa Navarro vogue pour la science et contre les déchets plastiques : «On a besoin de rêver pour pouvoir lutter»
Mettre un grand coup de pagaie dans la fourmilière : tel est l’objectif de Léa Navarro. Cette militante écologiste est embarquée jusqu’au 3 octobre dans un périple le long de la Loire et de l’océan Atlantique, en canoë puis en vélo, sur la trace de nos déchets plastiques.
Léa Navarro, militante écologiste de 30 ans et salariée de l'association Wings of the Ocean, a entamé le 2 septembre 2026 un voyage de plus d'un mois depuis Tours jusqu'à La Rochelle. Son objectif est de suivre le trajet des déchets plastiques depuis la Loire jusqu'à l'océan Atlantique. Le périple se déroule en deux étapes : un trajet en canoë jusqu'à Saint-Nazaire, puis un parcours à vélo le long du littoral. À chaque étape, elle sensibilise les populations locales, notamment les enfants, et recense les déchets plastiques rencontrés. Ce projet s'inscrit dans une démarche de science participative, où les citoyens contribuent activement à la collecte de données scientifiques.
En France, près de huit milliards de bouteilles en plastique et canettes sont incinérées, enfouies ou abandonnées dans la nature chaque année, selon l'Agence de la transition écologique (Ademe). Une grande partie de ces déchets finit par souiller les mers et les océans, où ils se fragmentent en microplastiques, de petites particules souvent invisibles à l'œil nu. Ces microplastiques contaminent les écosystèmes marins et peuvent entrer dans la chaîne alimentaire. Léa Navarro souligne que cette pollution est un problème systémique, lié à des systèmes de domination et d'oppression, qu'elle aborde sous un angle féministe et écologiste. Elle critique ainsi les solutions individuelles comme l'achat en vrac ou l'utilisation d'une gourde, insuffisantes pour résoudre ce fléau.
Léa Navarro milite pour le retour de la consigne sur les bouteilles en plastique, une mesure qui permettrait de réduire les dépôts sauvages de déchets. Elle s'appuie sur des exemples internationaux, comme les Pays-Bas et la Slovaquie, où la consigne a été réintroduite avec succès ces dernières années. Son projet est soutenu par Reloop, une organisation internationale œuvrant pour l'économie circulaire. Elle rencontre des maires le long de son parcours pour les convaincre d'adopter cette mesure dans leurs communes. Bien que le gouvernement français ait renoncé en septembre 2026 à un dispositif de consigne obligatoire, Léa Navarro insiste sur le pouvoir d'action des collectivités locales et sur la nécessité de mobiliser les citoyens.
Pour interpeller les élus qui refusent de s'engager dans la lutte contre les déchets plastiques, Léa Navarro a imaginé une action originale : déposer une bouteille de la mer dans les mairies. Cette bouteille, ramassée lors de son parcours, contient une lettre expliquant son projet et proposant un accompagnement par Reloop pour mettre en place des actions locales. Cette initiative vise à utiliser l'humour et la bonne humeur pour sensibiliser les décideurs politiques. Elle illustre aussi son approche optimiste et proactive, malgré un contexte politique défavorable, comme l'abandon par le gouvernement de la consigne obligatoire.
Léa Navarro, issue d'une famille politisée, a toujours été engagée dans des causes sociales et écologiques. Son odyssée n'est pas solitaire : elle est accompagnée par des amis et même sa grand-mère, qui a participé au départ en canoë. Elle insiste sur l'importance de *rêver* pour motiver l'action collective et politique. Son projet s'inscrit dans une perspective plus large de politisation de la question des déchets plastiques, notamment en vue de l'élection présidentielle. Elle propose un récit alternatif, où l'engagement écologique peut se vivre localement, sans nécessairement partir à l'autre bout du monde. Pour elle, il est essentiel de sortir des écrans et de prendre conscience des enjeux environnementaux concrets.

