Fronde étudiante en Inde : le ministre de l’Éducation finit par démissionner
Les violences lors des manifestations ont fait 180 blessés, selon la police..
En mai 2024, un examen national d'accès aux études de médecine en Inde, passé par plus de deux millions de candidats, a été marqué par des fraudes massives. Cet événement a provoqué une vague de contestation parmi les étudiants. La colère s'est intensifiée après l'annulation de cet examen, une décision qui a eu des conséquences dramatiques : selon les médias locaux, au moins une vingtaine d'étudiants se sont suicidés à la suite de cet échec. Les manifestants dénonçaient non seulement les fraudes, mais aussi les difficultés croissantes à trouver un emploi dans un pays pourtant en croissance économique rapide. Leur mobilisation, la plus sérieuse depuis la réélection du premier ministre Narendra Modi en 2022, a débuté à New Delhi, sur l'esplanade de Jantar Mantar, où des milliers d'étudiants ont campé jour et nuit pendant six jours.
Le mouvement de protestation a été porté par un groupe en ligne appelé le parti des cafards (CJP, Citizens for Justice and Peace), fondé par Abhijeet Dipke. Ce mouvement a coordonné les actions des étudiants et relayé leurs revendications. Les manifestants exigeaient principalement la démission du ministre de l'Éducation, Dharmendra Pradhan, qu'ils accusaient de ne pas avoir su prévenir les fraudes. Leurs revendications se sont ensuite élargies à des critiques plus larges contre le gouvernement de Narendra Modi, notamment ses méthodes jugées autoritaires. Des figures de la société civile, comme Sonam Wangchuk, ont apporté leur soutien aux étudiants. Le chef de l'opposition parlementaire, Rahul Gandhi, a également salué leur mobilisation.
La répression des manifestations par les forces de l'ordre a été sévère. Le lundi de la contestation, la police a utilisé des bâtons et des gaz lacrymogènes contre des dizaines de milliers de jeunes qui tentaient de se rendre au Parlement pour exiger la démission du ministre Pradhan. Selon les chiffres officiels de la police, cette répression a fait 180 blessés. Cependant, les manifestants estiment que le nombre de blessés est bien plus élevé, s'élevant à plusieurs centaines. Ces violences ont contribué à radicaliser la contestation et à renforcer la détermination des étudiants.
Face à la pression de la rue et à l'ampleur de la contestation, le gouvernement de Narendra Modi a finalement cédé. Le ministre de l'Éducation, Dharmendra Pradhan, a annoncé sa démission le samedi 15 juin 2024, reconnaissant implicitement l'échec de sa gestion de la crise. Cette décision a été saluée par les manifestants comme une victoire. Le gouvernement a également adopté un projet d'amendement législatif pour instaurer des procédures judiciaires accélérées et des sanctions sévères contre les fraudeurs aux examens. Le ministre de la Santé, J.P. Nadda, a par ailleurs annoncé la levée des poursuites contre les manifestants et l'indemnisation des familles des étudiants décédés après l'annulation des examens.
La démission du ministre Pradhan marque un tournant dans cette crise. Les étudiants, après six jours de mobilisation, ont accepté de se retirer pacifiquement, comme le leur a demandé le porte-parole du CJP, Ashutosh Ranka. Le gouvernement a promis d'étudier les réformes de l'éducation proposées par les contestataires et de les recevoir à nouveau dans quatre semaines. Cette affaire a cependant affaibli l'image de Narendra Modi, habituellement perçu comme un *homme fort*. Selon l'analyste Nilanjan Mukhopadhyay, le gouvernement n'a eu d'autre choix que de reculer face à la pression populaire, une situation inédite pour ce régime ultranationaliste hindou au pouvoir depuis 2014.

