Les terres ukrainiennes sont truffées de mines antipersonnel, à un niveau jamais vu depuis la guerre du Vietnam
L'Ukraine est désormais considérée comme le pays le plus miné au monde. Confrontées à des menaces toujours plus mortelles, les équipes de déminage mettent au point de nouvelles méthodes, qui font notamment appel aux drones et à l'intelligence artificielle..
L'Ukraine est aujourd'hui le pays le plus miné au monde, avec des niveaux de contamination comparables à ceux de la guerre du Vietnam. Les mines antipersonnel, ces engins explosifs conçus pour blesser ou tuer des personnes, sont présentes en masse dans les zones autrefois occupées par les soldats russes. Ces mines rendent les terres agricoles inutilisables pendant des années, voire des décennies, après la fin des combats. Le déminage est un processus long, dangereux et coûteux, car ces dispositifs explosifs peuvent être activés par le simple passage d'une personne ou d'un véhicule. Les drones, utilisés par les deux camps pour larguer des munitions, ont aggravé la situation en étendant les zones contaminées bien au-delà des fronts traditionnels.
Le déminage en Ukraine est une opération extrêmement risquée. Les travailleurs humanitaires, comme Olena Kabanova, doivent repérer et désamorcer des mines cachées dans des champs ou des villages. Parmi les engins les plus redoutés figure la POM-3, une mine antipersonnel russe qui ressemble à un thermos et se déclenche au moindre contact ou vibration. Certaines zones, saturées de ces mines, sont jugées trop dangereuses pour être déminées et sont simplement évitées. Les attaques de drones et de missiles, qui ciblent parfois directement les équipes de déminage, ajoutent une couche supplémentaire de danger. Ces conditions rendent le travail des démineurs à la fois physique et psychologiquement éprouvant.
Face à l'ampleur de la crise, l'Ukraine mise sur des solutions technologiques pour accélérer le déminage. L'intelligence artificielle (IA) joue désormais un rôle clé : elle analyse les images satellites et les données collectées par des drones pour identifier les zones les plus contaminées. En 2022, les démineurs utilisaient encore des jumelles et des cartes papier, mais aujourd'hui, les outils numériques permettent de cartographier les risques avec une précision inédite. Entre avril 2024 et mars 2025, l'organisation Halo Trust a investi près de 60 millions d'euros dans ces technologies, un montant bien supérieur aux 34 millions d'euros alloués annuellement par le budget ukrainien pour le déminage des terres agricoles.
Plusieurs acteurs interviennent pour tenter de résoudre cette crise. Halo Trust, la plus grande organisation humanitaire internationale de déminage, est en première ligne avec un budget annuel dépassant les 60 millions d'euros. Les Nations unies, via des conseillers comme Paul Heslop, coordonnent les efforts et soulignent l'urgence de la situation. Le gouvernement ukrainien, bien que limité par ses ressources, participe également au financement du déminage. D'autres organismes, non cités dans l'article, contribuent également à ces opérations. Ensemble, ces acteurs visent à rendre les terres cultivables à nouveau, mais les défis restent immenses en raison de l'étendue des zones contaminées et des risques persistants.
Malgré les difficultés, les experts estiment que les progrès technologiques pourraient permettre de restaurer les terres ukrainiennes plus rapidement que lors des conflits précédents. Paul Heslop, conseiller des Nations unies, qualifie cette évolution de *plus grand tournant des trente dernières années* dans le domaine du déminage humanitaire. L'utilisation de l'IA et des drones réduit les risques pour les démineurs et améliore l'efficacité des opérations. Cependant, le coût humain et financier reste colossal, avec des milliards d'euros nécessaires pour venir à bout de cette contamination. La situation en Ukraine illustre ainsi à la fois les dangers des guerres modernes et le potentiel des innovations technologiques pour y remédier.

