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Environnement

Écorégions : pourquoi Mélenchon veut redécouper la France ?

Reporterre · mis à jour il y a 12 j

Jean-Luc Mélenchon propose de remplacer les régions actuelles par des écorégions organisées autour de l'eau et de la géographie des territoires. Inspirées du biorégionalisme, ces écorégions dont le tracé n'est pas encore arrêté seraient chargées de la planification écologique.

Proposition de Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise (LFI), propose de remplacer les 13 régions actuelles de France métropolitaine par une vingtaine d’écorégions. Ces nouvelles entités seraient organisées autour des sous-bassins versants, des cours d’eau et des reliefs, plutôt que des frontières administratives existantes. L’objectif est de mieux adapter la gestion des territoires aux réalités géographiques et écologiques. Par exemple, une écorégion pourrait regrouper plusieurs départements partageant un même bassin hydrographique, comme les vallées de la Meuse et du Rhin autour des Vosges. Cette idée, inspirée du biorégionalisme, vise à remplacer un modèle de compétitivité territoriale par une approche centrée sur la planification écologique et la gestion durable des ressources naturelles.

Contexte climatique

La proposition des écorégions s’inscrit dans un contexte de crises climatiques récentes. L’été 2026 a été marqué par des canicules, des incendies et une sécheresse exceptionnelle en France. Ces événements ont accentué les tensions autour de la gestion de l’eau, notamment avec la loi d’urgence agricole votée cet été, qui a renforcé l’accaparement de l’eau par l’agro-industrie. Mélenchon souhaite faire de l’eau un thème central de sa campagne pour l’élection présidentielle de 2027, en proposant une gestion plus démocratique et écologique de cette ressource. Les écorégions seraient chargées de la planification écologique, incluant la gestion du cycle de l’eau, la qualité de l’air, la protection des sols et la santé publique environnementale.

Fonctionnement des écorégions

Les écorégions ne seraient pas de simples subdivisions administratives, mais des collectivités dotées de pouvoirs étendus en matière écologique. Elles pourraient édicter des normes pour la gestion de l’eau, des forêts, des mobilités et de la qualité de l’air. Leur gouvernance serait innovante : les conseils écorégionaux incluraient des représentants élus, mais aussi des conseillers chargés de défendre les intérêts de la nature, des jeunes, des salariés d’entreprises concernées et des partis politiques. Tous ces membres voteraient à égalité, sans domination des partis politiques. Les élections écorégionales remplaceraient les élections régionales prévues en 2028, mais leur mise en place nécessiterait une loi organique et une loi électorale spécifiques.

Biorégionalisme et écorégions

Le concept d’écorégions s’inspire du biorégionalisme, une théorie née en Californie dans les années 1970. Le biorégionalisme propose de repenser les territoires en fonction des écosystèmes, des cultures locales et des continuités écologiques, plutôt que des frontières administratives. Il va au-delà d’une simple cartographie écologique : il inclut une dimension culturelle et politique. Les écorégions de LFI s’en inspirent, mais se distinguent par leur approche plus centralisée, contrairement au biorégionalisme historique qui prône une forte décentralisation. Des chercheurs comme Agnès Sinaï, autrice de Réhabiter le monde, saluent cette initiative, mais soulignent que le biorégionalisme traditionnel repose sur une autonomie des territoires que le projet de LFI ne semble pas pleinement intégrer.

Défis et critiques

Plusieurs défis se posent à la mise en œuvre des écorégions. D’abord, leur tracé n’est pas encore arrêté : Gabriel Amard, copilote du projet, indique qu’il y aurait entre 22 et 24 écorégions, mais ce nombre reste en discussion. Ensuite, leur gouvernance soulève des questions, notamment sur l’équilibre entre démocratie représentative et participation citoyenne. Certains chercheurs, comme Marin Schaffner, estiment que les écorégions pourraient n’être qu’une première étape, insuffisante pour transformer en profondeur le rapport à l’eau et aux ressources naturelles. Enfin, politiquement, la mise en place des écorégions nécessiterait une majorité à l’Assemblée nationale et au Sénat, ce qui représente un obstacle majeur. Les écologistes pourraient aussi voir cette proposition comme une tentative de LFI de capter leur électorat.

Ce que ça pourrait changer

Les réactions à la proposition des écorégions sont mitigées. Les *biorégionalistes* y voient une avancée, bien que certains soulignent le décalage entre le projet de LFI et les principes historiques du biorégionalisme, notamment son approche centralisatrice. Les écologistes pourraient être séduits, mais le politologue Florent Gougou estime que le projet manque de concret pour convaincre les électeurs. Par ailleurs, le Rassemblement national propose des solutions comme la « climatisation » tous azimuts, ce qui pourrait rendre la proposition de LFI moins attractive. Enfin, la chercheuse Claire Lejeune insiste sur l’importance de reconnaître les *droits de la nature*, un concept visant à accorder une personnalité juridique à des éléments naturels comme les fleuves ou les montagnes, mais dont l’intégration dans les écorégions reste à préciser.

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