Nous avons démasqué le plus grand compte de désinformation au Québec
Le compte Alexx Stagg publie plusieurs fausses nouvelles par jour en étant rémunéré par Meta..
Le compte Alexx Stagg, connu pour diffuser massivement de fausses informations au Québec, a été démasqué comme étant géré par Alex Vallée, un homme de 26 ans. Après avoir été contacté par l’équipe des Décrypteurs de Radio-Canada avec des preuves de son identité, tous ses comptes sur les réseaux sociaux ont disparu brièvement avant que son compte Facebook ne réapparaisse sans explication ni démenti. Alex Vallée n’a jamais répondu aux demandes d’entrevue des journalistes. Ce compte, actif depuis plusieurs mois, publiait quotidiennement des contenus trompeurs, souvent créés ou modifiés à l’aide de l’intelligence artificielle (IA), et générait des milliers de partages. Par exemple, en octobre 2026, une fausse alerte sur un rappel de 172 000 brocolis au Québec a été partagée plus de 3 700 fois, alors qu’aucun rappel n’avait eu lieu.
Les publications d’Alexx Stagg ont souvent provoqué des réactions disproportionnées dans la population québécoise. En septembre 2026, une fausse information sur un prétendu défi TikTok dangereux pour les jeunes, accompagné d’une image modifiée par IA, a été partagée plus de 10 000 fois. Cette rumeur a poussé le Service de police de la Ville de Saint-Jérôme à publier un avertissement, repris par les médias. Aucune vidéo de ce défi n’a cependant été trouvée sur TikTok. D’autres publications ont relayé de fausses vidéos de crimes dans des villes québécoises, parfois générées par IA ou décontextualisées, attirant des commentaires racistes. Ces contenus ont été démentis par des médias comme La Presse, qui a recensé plusieurs cas similaires dès juin 2026.
Le compte Alexx Stagg était inscrit au programme de monétisation de Meta (Facebook), ce qui lui permettait de gagner de l’argent grâce à ses publications, même si elles étaient fausses. En 2025, Alex Vallée avait explicitement mentionné que la monétisation était sa motivation principale. Selon What To Fix, un organisme militant pour un meilleur encadrement des plateformes, Alexx Stagg a été suspendu deux fois du programme de monétisation en un an, probablement pour violation des normes de la communauté de Meta. Ces suspensions n’ont cependant pas empêché le compte de continuer à publier. Meta n’a pas répondu aux demandes d’entrevue des journalistes concernant ce cas. Selon Victoire Rio, directrice générale de What To Fix, Alex Vallée pourrait gagner quelques centaines d’euros par mois grâce à l’engagement généré par ses publications.
La professeure Laurence Grondin-Robillard de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) critique le modèle économique de Meta, soulignant que la qualité de l’information n’est pas vérifiée tant que le contenu génère des interactions. Elle s’étonne que le compte Alexx Stagg soit toujours en ligne malgré ses violations répétées. Pierre Trudel, professeur émérite à l’Université de Montréal, estime que des dispositions légales devraient obliger les réseaux sociaux à modérer activement leurs contenus. Il précise que si une publication fausse mobilise les services publics, comme la police, cela peut constituer un méfait public passible de jusqu’à cinq ans d’emprisonnement selon le Code criminel canadien.
L’identification d’Alex Vallée a été possible grâce à une enquête minutieuse des *Décrypteurs*. En 2022, le compte Alexx Stagg, alors nommé *Alexandre Vallée* ou *Alex Valley*, s’est joint à un groupe Facebook de vente à Sherbrooke. Des publications de l’époque montrent que le compte a porté différents noms avant de se spécialiser dans la désinformation. Les premières publications en février 2025 étaient des contenus inspirants, mais le compte a rapidement basculé vers des fausses nouvelles. Une analyse des interactions a révélé qu’une femme de l’Estrie, probablement la mère d’Alex Vallée, avait interagi avec les premières publications. Des photos de profil stylisées du compte Buy Me a Coffee et d’une adresse Gmail ont également été comparées à des photos d’Alex Vallée adolescent publiées par sa mère, confirmant les similitudes physiques.

