Que gagnerait le Canada à devenir «membre associé» de l’UE?
La présidente de la Commission européenne a dit vouloir porter cette relation au «plus haut niveau possible»..
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a proposé officiellement le 16 septembre 2026 que le Canada devienne le premier membre associé de l’Union européenne (UE). Cette idée a été annoncée lors du discours annuel sur l’état de l’UE, en présence du premier ministre canadien Mark Carney. Contrairement à un accord de libre-échange classique, cette proposition vise à renforcer la coopération entre les deux partenaires au-delà des échanges commerciaux. Ursula von der Leyen a souligné que ce rapprochement ne visait aucun pays en particulier, comme les États-Unis, mais cherchait à renforcer un système fondé sur des règles dans un contexte de tensions géopolitiques. Donald Trump a réagi en menaçant de rompre les échanges commerciaux avec l’UE si ce partenariat se concrétisait, qualifiant la proposition de ridicule.
Le terme membre associé n’existe pas dans les traités de l’UE, ce qui rend son interprétation floue. Frédéric Mérand, professeur à l’Université de Montréal, explique que ce statut ne signifierait pas une adhésion complète à l’UE, mais plutôt l’obtention de certains droits, privilèges et responsabilités sans en assumer l’ensemble. Le Canada bénéficie déjà d’un statut similaire dans des programmes européens comme Horizon Europe (programme de recherche et d’innovation de l’UE) depuis 2024. Selon Mérand, cette appellation ne doit pas être crainte, car elle ne remet pas en cause la souveraineté canadienne. Le chef de l’opposition, Pierre Poilievre, a cependant exprimé des réserves, craignant une perte d’autonomie, notamment en matière d’immigration ou de fiscalité.
Les secteurs prioritaires pour ce partenariat incluent l’énergie, les minéraux critiques, les batteries, l’intelligence artificielle et la cybersécurité. Ces domaines ont été évoqués par Ursula von der Leyen lors de son discours et avaient déjà été ciblés par Mark Carney dans les jours précédents. Le rapprochement pourrait ressembler à celui de l’UE avec le Royaume-Uni, avec une coopération étroite dans les domaines économiques, réglementaires, de sécurité, de défense, de recherche et de mobilité des personnes. Mark Carney a indiqué que la question de la mobilité, notamment les visas, serait abordée lors des négociations prévues lors d’un sommet UE-Canada à Montréal fin octobre 2026.
Mark Carney a accueilli favorablement la proposition, qualifiant ce partenariat d’alliance unique plutôt que de membre associé. Il n’a pas encore détaillé sa position publique, mais doit s’exprimer devant les députés européens. En Allemagne, le gouvernement a exprimé des réserves sur l’appellation membre associé, suggérant qu’elle devait être reconsidérée. Plusieurs États membres de l’UE n’auraient pas été consultés avant l’annonce, ce qui a suscité des interrogations sur la faisabilité du projet. À Ottawa, Pierre Poilievre a critiqué l’absence de détails sur ce partenariat, tandis que le Bloc québécois, représenté par Yves-François Blanchet, a adopté une position plus ouverte, soulignant le potentiel de l’idée.
Les négociations pour définir les contours de ce partenariat devraient commencer lors d’un sommet UE-Canada prévu à Montréal à la fin octobre 2026. Ce sommet marquera une étape clé pour concrétiser l’invitation lancée par Ursula von der Leyen. Les discussions devront clarifier les droits et obligations du Canada dans ce nouveau statut, ainsi que les secteurs prioritaires de coopération. L’UE et le Canada devront également surmonter les réticences de certains États membres, comme l’Allemagne, et répondre aux inquiétudes exprimées par l’opposition canadienne concernant la souveraineté nationale.

