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Généraliste

Élection en Allemagne : « Des loups aux dents très, très longues » en Saxe-Anhalt

ICI Radio-Canada · mis à jour 8 sept.

Depuis la fin du nazisme, c'est la 1re fois qu'un parti d’extrême droite pourrait diriger l'un des 16 länder..

Victoire historique AfD

Pour la première fois depuis la fin du régime nazi en 1945, un parti d’extrême droite, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), pourrait diriger une région allemande. Lors des élections régionales du 6 septembre 2026 en Saxe-Anhalt, l’AfD a obtenu 44 % des voix, remportant 39 sièges sur 91 au parlement régional. Ce score est à seulement 3 sièges de la majorité absolue (46 sièges), lui permettant potentiellement de former un gouvernement. En 2024, l’AfD avait déjà obtenu 32,8 % en Thuringe, mais une coalition des autres partis l’avait empêché de gouverner. La Saxe-Anhalt, située dans l’ex-Allemagne de l’Est, compte 2 millions d’habitants et a perdu un tiers de sa population, surtout des jeunes, depuis la réunification de 1990. L’AfD y est particulièrement populaire, avec des scores dépassant souvent 30 % dans les sondages.

Origines et évolution AfD

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a été fondée en 2013 par des universitaires et économistes nationalistes, opposés à l’Union européenne et souhaitant un retour au deutsche mark, la monnaie allemande avant l’euro. Initialement, le parti n’était pas perçu comme d’extrême droite. Cependant, après plusieurs crises (migratoires, économiques), des figures plus radicales en ont pris le contrôle. Aujourd’hui, l’AfD est classée comme un parti d’extrême droite, avec des liens avérés avec des groupes néonazis dans certaines régions. Ses militants sont régulièrement accusés de propos racistes, xénophobes et antisémites, allant jusqu’à des saluts nazis ou des appels à l’élimination de groupes de population. En 2024, même le Rassemblement national français, pourtant classé à l’extrême droite, a pris ses distances avec l’AfD, la qualifiant de trop radicale.

Programme politique AfD

Le parti propose un programme strict en 10 mesures, appelé Vision 2026, à appliquer dès les 100 premiers jours au pouvoir. Sur l’immigration, il veut expulser immédiatement les étrangers en situation irrégulière. En éducation, il propose des classes séparées pour les enfants de réfugiés sans droit de séjour. En politique, il souhaite supprimer les subventions aux partis et lancer une campagne nationale intitulée « Pensons allemand ». Sur le plan fiscal, il offre une aide de 50 % pour le permis de conduire (jusqu’à 6 000 €) aux bénévoles des patrouilles citoyennes. Enfin, il veut réformer le financement des médias publics et supprimer les subventions aux musées jugés trop wokes (terme péjoratif désignant une sensibilité progressiste). Ces propositions reflètent une vision nationaliste et restrictive de la société.

Raisons de sa popularité

L’AfD est surtout forte dans les anciens Länder de l’Allemagne de l’Est, où le mécontentement économique et social reste vif, 35 ans après la réunification. Ces régions, moins prospères que l’Ouest, abritent peu d’immigrés, mais leurs habitants se sentent marginalisés et « colonisés » par l’Allemagne de l’Ouest. Ulrich Siegmund, tête de liste en Saxe-Anhalt, incarne cette dynamique : ancien vendeur de parfums, il utilise une mobylette Simson (modèle emblématique de l’Est) pour se rapprocher des électeurs. Son discours met en avant une fierté régionale et une promesse de retour à un passé idéalisé. La professeure Hélène Miard-Delacroix souligne aussi l’impact du vieillissement de la population, qui cherche des réponses émotionnelles et simplistes à des problèmes complexes.

Risque de contagion politique

L’AfD est en tête des sondages dans trois autres Länder de l’Est : Thuringe, Brandebourg et Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Dans ce dernier, des élections sont prévues le 20 septembre 2026, avec un score potentiel de 36 % pour l’AfD. En Saxe, le parti est au coude-à-coude avec le Parti social-démocrate (SPD). Ailleurs en Allemagne, l’AfD reste généralement sous les 20 %. Pour gouverner la Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund doit obtenir 3 sièges supplémentaires, mais aucun autre parti n’accepte de s’allier avec lui, formant un « cordon sanitaire » contre l’extrême droite. Une coalition alternative est mathématiquement possible, mais politiquement improbable, car elle nécessiterait de rassembler des partis allant de la droite néolibérale à l’extrême gauche.

Ce que ça pourrait changer

Cette victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt marque un tournant historique en Allemagne, où aucun parti d’extrême droite n’a jamais gouverné, même au niveau régional. Les observateurs s’interrogent sur l’impact à long terme : si l’AfD parvient à gouverner, cela pourrait normaliser son discours et affaiblir les garde-fous démocratiques. La professeure Miard-Delacroix compare ses dirigeants à *« des loups aux dents très, très longues »*, soulignant leur radicalité et leur capacité à séduire une population en quête de repères. Cette élection pourrait aussi inspirer d’autres mouvements d’extrême droite en Europe, alors que l’Allemagne, souvent perçue comme un rempart contre la montée des populismes, voit son modèle politique fragilisé.

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