La passion pour le VHS, 50 ans après son lancement
En 1976, l'entreprise japonaise JVC lançait le format de cassette vidéo qui allait conquérir le marché..
Stéphane Surprenant, un collectionneur de 40 ans, possède plus de 1000 cassettes VHS dans son sous-sol, une passion qui a débuté à l’âge de 12 ans. Parmi ses trésors, on trouve notamment des films d’horreur, dont certains, comme The Texas Chainsaw Massacre (Massacre à la tronçonneuse), peuvent valoir plusieurs centaines d’euros. Ce format, appelé VHS (Video Home System), a été commercialisé en 1976 par l’entreprise japonaise JVC. Il a marqué l’histoire en rendant le cinéma accessible à domicile, permettant aux familles de regarder des films sans se déplacer dans une salle ou d’utiliser des projecteurs coûteux comme le super 8 ou le 16 millimètres. Le VHS a aussi permis l’enregistrement d’émissions ou de films à la télévision, une innovation majeure pour l’époque.
Le VHS a profondément transformé le paysage du divertissement familial en démocratisant l’accès au cinéma. Avant son apparition, les spectateurs devaient se rendre dans des salles obscures ou posséder du matériel coûteux pour visionner des films chez eux. Le professeur André Habib, spécialiste du cinéma à l’Université de Montréal, souligne que cette technologie a aussi favorisé l’émergence des clubs vidéo dans les années 1980. Ces boutiques permettaient de louer des cassettes, créant une véritable culture autour du cinéma. Le VHS a également influencé la production cinématographique en encourageant les blockbusters et les séries, comme Star Wars ou Vendredi 13, dont les épisodes pouvaient être revus à la maison grâce aux cassettes.
Le VHS n’a pas dominé le marché sans concurrence. Dès 1975, Sony avait lancé le Betamax, un format de cassette vidéo concurrent, souvent confondu avec le Betacam, un autre format professionnel de la même marque. Les deux formats se sont affrontés pour imposer leur standard, avec des différences notables : le Betamax offrait une meilleure qualité d’image, mais le VHS permettait deux heures d’enregistrement contre une seule pour le Beta. JVC a finalement gagné la bataille en partageant sa technologie avec d’autres fabricants, ce qui a fait baisser les prix des magnétoscopes et les a rendus plus accessibles. Sony a tenté de freiner cette concurrence en attaquant les fabricants de magnétoscopes, mais la Cour suprême des États-Unis a tranché en 1984 en faveur de Sony, une décision clé pour l’industrie.
Le VHS a commencé à disparaître au profit du DVD au début des années 2000, marquant la fin d’une époque. Des lieux emblématiques comme le Cinoche Club Vidéo à Montréal, dernier club de location de films de la ville, ont dû fermer leurs portes avec l’arrivée des plateformes de diffusion en continu. Aujourd’hui, ce club s’est reconverti en boutique de vente de films et organise des soirées cinéma. Pour les jeunes comme Milo et Kali, 16 ans, le VHS est un objet presque mythique : Milo décrit une boîte noire avec deux rouleaux et un tape à l’intérieur, tandis que Kali se souvient en avoir vu quelques-unes dans son enfance. Malgré son déclin, le VHS reste un symbole pour des passionnés comme Stéphane Surprenant, qui y voient une époque révolue mais culturellement riche.
Pour les amateurs de cinéma, le VHS conserve une valeur sentimentale et esthétique inégalée. Sam Meech, responsable du *Cinéma au Cinoche*, explique que la texture des images, moins nettes que celles des technologies numériques, crée une expérience rétro et immersive, surtout lorsqu’elles sont visionnées sur des écrans cathodiques. Cette particularité a séduit de nombreux cinéphiles, qui apprécient l’aspect *vintage* et l’authenticité de ces cassettes. Même si le format a disparu du marché grand public, il continue de fasciner ceux qui ont grandi avec lui, comme un témoignage d’une époque où le cinéma était à la fois un loisir et une aventure collective.

