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Quand Hockey Québec embauche un « délinquant »

ICI Radio-Canada · mis à jour 1 oct.

En 2010, il a été à l'origine de la création de la LHPS, rappelle le chroniqueur Martin Leclerc..

Hockey Québec et rébellion

En 2010, Hockey Québec (HQ), la fédération qui encadre le hockey mineur au Québec, interdisait aux jeunes hockeyeurs talentueux de choisir leur école. Les joueurs devaient fréquenter une école désignée par la fédération, souvent dans le cadre d’un programme civil. Cette règle visait à limiter la compétition entre écoles, mais elle a provoqué une réaction forte de la part d’entraîneurs et de dirigeants. Parmi eux, Jean-François Brunelle, Stephan Lebeau (ancien joueur des Canadiens de Montréal), Dominic Ricard (alors directeur général des Voltigeurs de Drummondville) et François Marcoux (fondateur du programme Ulysse à Terrebonne) ont décidé de contourner les règles. Ils ont créé la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS), une ligue indépendante qui permettait aux joueurs de choisir leur école tout en mettant l’accent sur la réussite scolaire et un encadrement sportif de qualité. Cette initiative, inspirée des prep schools américaines, a marqué le début d’une rébellion contre le monopole de HQ.

La LHPS, un succès fulgurant

La LHPS, fondée en 2010 et considérée comme hors-la-loi par HQ, a connu un succès immédiat. En quelques années, elle regroupait 112 équipes provenant de 24 écoles québécoises. Cette ligue offrait aux joueurs un encadrement sportif plus exigeant que le hockey civil traditionnel, avec quatre ou cinq entraînements par semaine, contre un ou deux dans les associations mineures. Le modèle a rapidement séduit les familles et les joueurs, forçant HQ à revoir sa position. Après avoir combattu cette initiative sans succès, la fédération a finalement reconnu le droit des jeunes hockeyeurs de choisir leur école. Les équipes de la LHPS ont alors intégré le Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ), la structure officielle de HQ pour le hockey scolaire, mettant fin à leur statut de ligue rebelle. Aujourd’hui, Dominic Ricard, un autre ancien membre de la LHPS, dirige le hockey au RSEQ.

Les limites du système initial

Avant la création de la LHPS, le système de développement du hockey mineur québécois présentait une faille majeure. Les joueurs intégrés dans les programmes sport-études de HQ bénéficiaient d’un encadrement intensif, avec plusieurs entraînements par semaine. En revanche, ceux qui étaient retranchés (exclus des équipes élites) devaient retourner dans leur association de hockey mineur locale, où l’encadrement était souvent moins structuré, avec seulement un ou deux entraînements hebdomadaires. Cette disparité privait une partie des talents d’un environnement adapté à leur progression. Jean-François Brunelle souligne que le hockey est un sport à développement tardif, où la patience et la qualité de l’encadrement sont essentielles pour révéler le potentiel des joueurs. La LHPS a permis de corriger cette inégalité en offrant un cadre intermédiaire entre le hockey civil et les programmes sport-études.

Parcours de Jean-François Brunelle

Jean-François Brunelle, aujourd’hui âgé de 50 ans, a un parcours marqué par sa rébellion contre HQ et son expertise dans le développement des hockeyeurs. Ancien joueur de la LHJMQ (Ligue de hockey junior majeur du Québec), il a remporté la Coupe Memorial, un trophée décerné au champion des séries éliminatoires de cette ligue. Après sa carrière de joueur, il a obtenu une maîtrise en sciences de l’activité physique et cofondé le laboratoire de hockey SCORE de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Pendant près de 20 ans, il a été responsable de l’encadrement des athlètes de l’UQTR et de la planification de leurs performances. Son programme de hockey masculin à l’UQTR est aujourd’hui l’un des plus performants au Canada. En octobre 2026, HQ l’a nommé directeur responsable de la haute performance, un poste clé pour moderniser le développement du hockey québécois.

Ce que ça pourrait changer

L’embauche de Jean-François Brunelle par HQ s’inscrit dans un projet plus large de modernisation du hockey mineur québécois. La fédération, dirigée par Jocelyn Thibault (président) et Stéphane Auger (directeur général), souhaite s’appuyer sur des données scientifiques pour améliorer le développement des joueurs. Ce virage vise à placer le plaisir et le bien-être des athlètes au cœur des décisions, tout en adaptant l’encadrement à la réalité du hockey, un sport où le talent se révèle à des moments différents selon les individus. Brunelle, qui a longtemps défendu ces principes, voit dans cette nomination une opportunité de concrétiser ses idées. HQ prévoit présenter un plan détaillé au début de l’année 2027, espérant ainsi freiner le déclin du hockey québécois et repositionner la province parmi les leaders mondiaux du développement des talents.

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