Des victimes de fraude remboursées bien plus facilement au Royaume-Uni qu’au Canada
Au Royaume-Uni, les banques sont tenues de rembourser bon nombre de victimes de fraude..
En 2025, deux victimes, Samantha Bradshaw au Royaume-Uni et Asif Mohammed au Canada, ont été victimes d’une même escroquerie appelée fraude du faux représentant ou fraude de l’enquêteur bancaire. Les fraudeurs se font passer pour des employés d’une banque ou de la police, prétendant qu’un compte a été piraté et qu’une enquête est en cours. Ils manipulent leurs victimes pendant des heures, parfois en utilisant des informations personnelles pour gagner leur confiance. Samantha a perdu 11 000 livres sterling (21 000 dollars canadiens) et Asif, 7 200 dollars canadiens. Les escrocs récupèrent ensuite les cartes bancaires des victimes sous un prétexte fallacieux. Cette fraude repose sur la psychologie et la tromperie, exploitant la confiance envers les institutions financières.
Depuis 2023, le Royaume-Uni impose aux banques de rembourser automatiquement les victimes de fraudes dites autorisées (comme la fraude du faux représentant), sauf en cas de grossière négligence de la part du client. Cette loi, adoptée après des années de pression par l’organisation de défense des consommateurs Which?, vise à protéger les clients contre des escroqueries de plus en plus sophistiquées. Les banques doivent prouver que le client a commis une faute grave pour refuser le remboursement. Les victimes ont jusqu’à 13 mois pour signaler la fraude et reçoivent généralement leur argent sous 5 jours ouvrables. Le montant maximal remboursé est de 85 000 livres sterling (160 000 dollars canadiens).
Au Canada, aucune loi n’oblige les banques à rembourser les victimes de fraude bancaire. Asif Mohammed, dont la banque Tangerine a refusé de couvrir ses pertes, a dû négocier une entente confidentielle couvrant seulement une partie de son argent volé. Les banques canadiennes, comme l’Association des banquiers canadiens, estiment que la responsabilité doit être partagée entre tous les acteurs (banques, télécommunications, réseaux sociaux). Le gouvernement fédéral, par la voix du ministre des Finances François-Philippe Champagne, a annoncé des mesures pour lutter contre la fraude, dont la création d’une Agence des crimes financiers, mais n’a pas encore imposé de remboursement obligatoire. Un sondage révèle que 87 % des Canadiens soutiennent cette idée.
Les banques britanniques, comme Santander UK, ont dû adapter leurs pratiques pour se conformer à la nouvelle loi. Elles investissent dans des technologies avancées pour détecter les comportements suspects, comme des paiements effectués d’une manière inhabituelle (ex. : tenir son téléphone différemment ou utiliser le mode haut-parleur). Certaines banques ont aussi créé des équipes spécialisées pour aider les victimes sous emprise psychologique, comme dans les fraudes amoureuses. Ces mesures visent à réduire les pertes financières, même si elles augmentent les coûts opérationnels. Le partage d’écran, une technique courante chez les fraudeurs, est désormais bloqué pour les clients de Santander.
Le gouvernement britannique a mis en place une stratégie nationale contre la fraude, incluant la création d’un ministre dédié et d’un service de signalement centralisé, Report Fraud, accessible 24h/24. Ce service permet aux victimes de porter plainte en ligne et facilite les enquêtes en croisant les données de différentes régions. Malgré ces mesures, le nombre de fraudes et les montants volés continuent d’augmenter, selon UK Finance, une association sectorielle. L’organisme souligne que deux tiers des fraudes autorisées commencent en ligne et 17 % par téléphone, appelant les secteurs des télécommunications et des technologies à renforcer leur vigilance.
Au Canada, l’organisme *Option consommateurs* milite pour l’adoption d’un système de remboursement obligatoire similaire à celui du Royaume-Uni. Le gouvernement fédéral, bien que reconnaissant la fraude comme une priorité, privilégie d’abord la prévention et la création d’outils pour identifier les fraudeurs. Le ministre des Finances a évoqué l’inspiration des *meilleures pratiques internationales*, mais n’a pas encore annoncé de mesures concrètes pour imposer un remboursement systématique. L’Association des banquiers canadiens insiste sur la nécessité d’une approche collective, incluant les réseaux sociaux et les compagnies de télécommunications, dans la lutte contre les escroqueries.

