Faire tester son microbiote, une bonne idée?
Des dizaines de compagnies proposent désormais aux gens de tester leur microbiote intestinal. Un marché lucratif… mais pas si scientifique..
Le microbiote intestinal désigne l’ensemble des milliards de bactéries vivant dans notre intestin. Surnommé deuxième cerveau en raison de son influence sur notre santé, il joue un rôle dans de nombreux processus physiologiques et psychologiques. Les recherches scientifiques récentes montrent que ce microbiote pourrait influencer des aspects aussi variés que le poids, les allergies, la dépression ou même des maladies neurodégénératives comme Alzheimer. Ces découvertes, encore en cours, ont suscité un vif intérêt dans le grand public et les médias. Cependant, ces avancées scientifiques ont aussi ouvert la porte à des applications commerciales, dont les tests de microbiote à domicile, qui promettent d’analyser la composition de ce microbiote et de proposer des recommandations personnalisées.
Plusieurs dizaines d’entreprises proposent désormais des tests de microbiote à domicile vendus directement aux consommateurs. Pour quelques centaines d’euros (plusieurs centaines de dollars), ces tests fournissent une trousse de prélèvement à domicile. L’utilisateur doit y déposer un échantillon de selles, puis l’envoyer par courrier à un laboratoire. Après quelques semaines d’analyse, un rapport détaillé est retourné, décrivant la composition du microbiote intestinal. Ce rapport indique souvent si la communauté bactérienne est déséquilibrée, c’est-à-dire si certaines bactéries sont en quantité insuffisante ou excessive. Le document inclut généralement des recommandations personnalisées, comme des régimes alimentaires spécifiques ou des listes de probiotiques et de suppléments à acheter, souvent vendus par les mêmes entreprises.
La fiabilité des résultats de ces tests est questionnable en raison de contraintes logistiques. Lors du transport de l’échantillon de selles, l’absence de réfrigération adéquate peut fausser les résultats. Certaines bactéries continuent en effet de se multiplier pendant le trajet, tandis que d’autres, sensibles à l’oxygène, disparaissent. Ces variations modifient la composition réelle du microbiote au moment de l’analyse, rendant les conclusions du rapport potentiellement inexactes. Par ailleurs, les méthodes d’analyse utilisées par ces laboratoires commerciaux ne sont pas toujours standardisées ni validées scientifiquement, contrairement à celles employées dans le cadre de recherches académiques ou médicales. Ces limites soulèvent des doutes sur la pertinence des conseils prodigués.

