Un Britannique a arrosé son jardin en bouteille pour la dernière fois en 1972 : quarante ans après, sa plante prospérait encore
Un jardin en bouteille planté en 1960 pousserait encore dans une dame-jeanne bouchée au liège. Son propriétaire ne l'a arrosé qu'une fois, en 1972, et la plante recycle depuis son eau et son air.
En 1960, David Latimer, un ingénieur retraité britannique du Surrey, a planté une misère (Tradescantia), une plante d’intérieur commune, dans une bouteille en verre de 38 litres remplie de compost. Il a ensuite bouché hermétiquement le récipient avec un liège. Contrairement aux apparences, cette plante n’a reçu qu’un seul arrosage en 1972, soit douze ans après sa plantation. Pourtant, en 2013, soit plus de 50 ans après sa création, la plante prospérait toujours dans ce milieu clos. Ce phénomène intrigue les scientifiques et les jardiniers, car il défie les lois habituelles de la survie des plantes, qui nécessitent généralement un apport régulier en eau et en air frais.
La survie de la plante s’explique par un écosystème fermé où l’eau et l’air se recyclent en permanence. L’eau du compost s’évapore sous l’effet de la chaleur, se condense sur les parois de la bouteille, puis retombe sous forme de gouttelettes sur les feuilles et le sol. La plante, grâce à la photosynthèse, produit de l’oxygène et absorbe du gaz carbonique. Les feuilles mortes tombées au fond du récipient sont décomposées par des bactéries, qui libèrent à leur tour du gaz carbonique. Ce cycle permet à la plante de vivre sans apport extérieur, si ce n’est la lumière du jour, seule source d’énergie qui pénètre dans la bouteille.
Le principe du jardin en bouteille n’est pas une invention récente. En 1829, le médecin britannique Nathaniel Bagshaw Ward avait découvert que des fougères pouvaient survivre dans des caisses vitrées closes. Ces caisses de Ward ont été utilisées au XIXe siècle pour transporter des plantes vivantes entre continents à bord de navires, sans risque de dessèchement. Aujourd’hui, les terrariums fermés vendus en jardinerie s’inspirent directement de ces caisses. La bouteille de David Latimer s’inscrit donc dans une tradition scientifique et horticole bien établie.
Bien que la bouteille semble parfaitement étanche, certains sceptiques doutent de son herméticité totale. Un bouchon en liège, même bien ajusté, pourrait laisser passer une infime quantité de gaz au fil des décennies, ce qui remettrait en cause l’idée d’un système parfaitement clos. Aucune mesure scientifique n’a cependant été publiée pour confirmer ou infirmer cette hypothèse. David Latimer, qui a créé cette expérience, n’a jamais fait analyser sa bouteille par un laboratoire. L’équilibre de ce jardin miniature reste donc à la fois fascinant et mystérieux.
En 2013, David Latimer, alors âgé d’environ 80 ans, envisageait de transmettre sa bouteille à ses enfants ou à la *Royal Horticultural Society*, une société savante britannique dédiée à l’horticulture. Le sort de cette plante unique dépendra donc de ses héritiers ou d’une institution. Si la bouteille est ouverte, l’équilibre du système sera rompu : l’air extérieur remplacera l’air recyclé, et la plante continuera de pousser, mais plus en vase clos. Cette expérience illustre ainsi la fragilité des écosystèmes, même les plus simples, et pose la question de leur préservation pour les générations futures.

