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Environnement

« C'est la première fois qu'un plan de gestion de l'eau restreint certains pesticides »

Reporterre · mis à jour il y a 15 j

Malgré les pressions de la FNSEA et les freins du gouvernement, le Schéma de gestion de la Vilaine a enfin été adopté. Il restreint notamment l'usage de pesticides délétères pour l'eau.

Premier Sage restrictif

Pour la première fois en France, un Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) intègre des restrictions sur l’usage de certains pesticides. Ce Sage, adopté le 16 octobre 2026, concerne le bassin de la Vilaine, un fleuve traversant la Bretagne et les Pays-de-la-Loire. Il couvre 11 000 km² et touche 1,2 million d’habitants, ce qui en fait le plus étendu du pays. Parmi ses mesures inédites, il interdit l’usage d’herbicides de synthèse sur environ 1,6 % des surfaces agricoles du bassin, notamment sur les parcelles de maïs à risque élevé d’érosion et les aires d’alimentation de captages d’eau potable. Ce pesticide, comme le S-métolachlore, est souvent retrouvé dans les eaux destinées à la consommation humaine. La mesure vise à améliorer la qualité de l’eau potable dans une région où les nappes phréatiques sont fortement polluées par ces substances.

Gouvernance locale

Le Sage de la Vilaine a été élaboré et adopté par la Commission locale de l’eau (CLE), une instance démocratique composée d’élus locaux, de représentants des agriculteurs, des milieux économiques et des associations environnementales. Cette commission, présidée par Ludovic Brossard, conseiller municipal de Rennes et président du service d’eau publique Eau du bassin rennais, a travaillé pendant plus d’un an et demi pour aboutir à ce document. Contrairement aux attentes, la CLE a réussi à adopter le Sage malgré des pressions répétées de la part du gouvernement et de syndicats agricoles productivistes, comme la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), principale organisation agricole en France. La CLE a démontré que les territoires peuvent prendre des décisions ambitieuses pour l’intérêt collectif, à condition d’avoir les moyens réglementaires et financiers nécessaires.

Pressions et moratoire

Le processus d’adoption du Sage a été marqué par des tentatives de blocage. En décembre 2025, des manifestations organisées par des agriculteurs de la FNSEA et d’autres syndicats ont empêché la CLE de se réunir à Châteaubourg. En janvier 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a suspendu par un simple tweet les décisions locales liées à l’eau, imposant un moratoire. Jusqu’au 1er octobre 2026, des agriculteurs ont tenté de faire reporter le vote final. Malgré ces obstacles, la CLE a maintenu son calendrier et adopté le Sage, prouvant sa résilience face aux pressions extérieures. Le gouvernement a tenté de limiter la portée du document en travaillant directement avec les acteurs agricoles, une méthode jugée anormale par Ludovic Brossard, car elle contourne la gouvernance démocratique de la CLE.

Mesures concrètes du Sage

Le Sage de la Vilaine introduit plusieurs mesures pour protéger les ressources en eau. Il interdit la destruction des zones humides, sauf exceptions légales comme la construction de retenues collinaires pour les agriculteurs. Il impose des bandes d’inconstructibilité de 10 mètres autour des cours d’eau et renforce la protection des haies bocagères. Il exige également une adéquation entre la capacité d’assainissement des collectivités et leur activité économique ou démographique. Enfin, il prévoit des aides financières pour les agriculteurs qui renoncent aux herbicides de synthèse sur les parcelles à risque. Ces aides, financées à hauteur de 26,5 millions d’euros par les syndicats de gestion de l’eau et les agences de l’eau, couvrent les surcoûts liés au désherbage mécanique et compensent d’éventuelles pertes de production. Ces mesures visent à réduire la pollution des eaux par les pesticides et à préserver les écosystèmes locaux.

Ce que ça pourrait changer

La *FNSEA*, syndicat agricole majoritaire, a annoncé son intention de déposer un recours en justice contre le Sage, estimant que ses mesures sont trop restrictives. À l’inverse, des associations de protection de l’environnement pourraient aussi contester le document, jugeant qu’il n’est pas assez ambitieux. Ludovic Brossard souligne que ces recours sont un droit et que la CLE reste ouverte au dialogue. Il met en avant le compromis trouvé entre les différents acteurs, malgré des visions parfois opposées. Le Sage de la Vilaine pourrait inspirer d’autres territoires en France, démontrant qu’une gouvernance locale, inclusive et financée, permet de prendre des décisions plus ambitieuses pour l’environnement que les institutions nationales ou européennes. Cette expérience illustre une approche alternative de gestion de l’eau, adaptée aux réalités locales et aux enjeux de l’*Anthropocène*, une ère marquée par l’impact humain sur la planète.

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