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Généraliste

«Qui a tué mon père»: de père en fils

Le Devoir · mis à jour il y a 29 j

Sous la houlette de Thomas Ostermeier, Édouard Louis défend son propre rôle avec une conviction admirable..

Origine de la pièce

La pièce de théâtre Qui a tué mon père est adaptée du livre éponyme publié en 2018 par l’écrivain français Édouard Louis. Ce dernier avait déjà publié deux autres ouvrages : En finir avec Eddy Bellegueule (2014) et Histoire de la violence (2016). La pièce a été mise en scène par plusieurs metteurs en scène à travers le monde, dont Stanislas Nordey en France, Ivo van Hove aux Pays-Bas, Daria Deflorian en Italie et Jérémie Niel au Québec. La version présentée à l’Usine C à Montréal a été créée en France en 2020 avant d’être jouée en Allemagne et aux États-Unis. Cette production est la deuxième collaboration entre Édouard Louis et Thomas Ostermeier, directeur de la Schaubühne de Berlin, une institution théâtrale majeure en Allemagne.

Structure et interprétation

Dans cette pièce, Édouard Louis incarne son propre rôle, ce qui est inhabituel et renforce la dimension personnelle du spectacle. Seul en scène, il s’adresse directement à son père, un homme devenu invalide et dont la santé se dégrade prématurément, selon lui à cause des conditions sociales imposées par les politiques gouvernementales françaises. Le fils y exprime à la fois de la rancœur et de l’amour envers son père, tout en reliant les souffrances individuelles aux injustices collectives. Il évoque des souvenirs d’enfance, mêlant violence et moments de joie, notamment à travers des chansons comme Barbie Girl d’Aqua, … Baby One More Time de Britney Spears et My Heart Will Go On de Céline Dion, qui symbolisent l’émancipation du jeune homosexuel qu’il était.

Thèmes abordés

La pièce explore le lien entre l’intime et le politique en montrant comment les inégalités sociales et les politiques publiques affectent les individus, notamment ceux issus de milieux défavorisés. Édouard Louis y critique ouvertement des figures politiques françaises comme Emmanuel Macron, qui avait qualifié de fainéants les personnes en situation de précarité. Il accuse ces dirigeants d’avoir contribué à la dégradation de la santé de son père en les nommant explicitement : Hollande, Valls, El Khomri, Hirsch, Sarkozy, Macron, Bertrand et Chirac. Le spectacle illustre ainsi comment les choix politiques peuvent avoir des conséquences concrètes sur la vie des citoyens, en particulier les plus vulnérables.

Style et mise en scène

La mise en scène de Thomas Ostermeier, connue pour son approche contemporaine et audacieuse, utilise des éléments comme des projections vidéo en fond de scène, des micros omniprésents et une bande-son marquée. Ces choix visent à renforcer l’impact émotionnel et politique du texte. Cependant, certains passages, comme la scène où Édouard Louis lance des pilules aux visages de dirigeants politiques, peuvent sembler superflus au regard de la puissance du texte lui-même. Malgré cela, la performance d’Édouard Louis est saluée pour sa justesse et sa capacité à incarner plusieurs facettes de sa personnalité sur scène.

Ce que ça pourrait changer

Le spectacle laisse une impression forte sur le public, qui quitte la salle avec le désir de relire le livre, signe que la pièce a su transmettre la complexité des émotions et des idées d’Édouard Louis. La performance de l’auteur, qui parvient à mêler critique sociale et récit personnel, est particulièrement remarquée. La pièce est présentée à l’Usine C à Montréal jusqu’au 11 octobre, dans le cadre d’une coproduction entre la Schaubühne de Berlin et le Théâtre de la Ville de Paris. Son succès international et sa capacité à susciter une réflexion sur les inégalités sociales en font une œuvre marquante du théâtre contemporain.

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