“Le Harvard de l’ANC” : en Afrique du Sud, l’université qui a formé Mandela plonge dans la tourmente
Sous l’apartheid, elle était la seule université ouverte aux Noirs. Fort Hare a formé toute l’élite politique et intellectuelle qui a accédé au pouvoir après la fin du régime de ségrégation.
L’université de Fort Hare, située à Alice dans la province du Cap-Oriental en Afrique du Sud, est considérée comme le berceau de la vie intellectuelle et politique africaine. Fondée en 1906, elle a joué un rôle central sous le régime de l’apartheid, en étant la seule université ouverte aux Sud-Africains noirs. Cette institution a formé des figures majeures de la lutte contre la ségrégation, comme Nelson Mandela, Oliver Tambo, Robert Sobukwe et Thabo Mbeki. Mandela lui-même a décrit Fort Hare comme un mélange d’Oxford, Cambridge, Harvard et Yale pour les jeunes Sud-Africains noirs, soulignant son importance symbolique et académique. L’université a ainsi contribué à façonner l’élite politique et intellectuelle du continent africain, notamment au sein du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir en Afrique du Sud depuis la fin de l’apartheid en 1994.
Depuis plusieurs années, l’université de Fort Hare traverse une crise de gouvernance qui s’est intensifiée récemment avec le renouvellement de sa direction. Cette situation reflète des dysfonctionnements plus larges au sein de l’ANC et de l’Afrique du Sud, selon le Sunday Times, un journal sud-africain libéral. Les tensions autour de la gestion de l’établissement illustrent les défis persistants du pays en matière de corruption et de mauvaise administration, malgré les progrès réalisés depuis la fin de l’apartheid. Le renouvellement de la direction de Fort Hare a révélé des divisions internes et des accusations de gestion opaque, mettant en lumière les difficultés à concilier héritage historique et modernisation institutionnelle.
Fort Hare reste un symbole fort de l’excellence noire en Afrique du Sud, mais son déclin relatif interroge sur l’avenir de l’éducation supérieure dans le pays. Thabo Mbeki, ancien président sud-africain et ancien étudiant de Fort Hare, a réaffirmé l’importance de cette université lors d’un discours marquant il y a plus de vingt ans. Pourtant, aujourd’hui, l’établissement fait face à des défis majeurs, notamment en termes de financement, de qualité de l’enseignement et de réputation. La crise actuelle met en lumière les tensions entre la volonté de préserver un héritage historique et la nécessité de s’adapter aux exigences d’une société en mutation, où la corruption et les dysfonctionnements administratifs sapent la confiance dans les institutions publiques.
Le *Sunday Times*, journal sud-africain le plus populaire, a joué un rôle clé dans la couverture de cette crise. Fondé en 1906, ce média est passé d’une ligne éditoriale conservatrice à une position plus libérale ces dernières années. Il est reconnu pour ses enquêtes rigoureuses et ses analyses approfondies, notamment dans les domaines politique et économique. Le journal a publié une enquête sur les dysfonctionnements de Fort Hare, révélant des irrégularités dans la gestion de l’université et des accusations de corruption. Son travail a contribué à mettre en lumière les problèmes structurels de l’institution et à alimenter le débat public sur la gouvernance en Afrique du Sud.

