À Bahreïn, les chiites soumis à des restrictions draconiennes
Majoritaire mais marginalisée dans ce petit pays du Golfe gouverné par une monarchie sunnite, la population chiite est particulièrement dans le viseur du pouvoir depuis le début de la guerre en Iran, raconte “Arab Digest”..
Bahreïn est un petit pays insulaire du Golfe persique, situé à moins de 800 kilomètres de l’Iran. Sa population est majoritairement chiite (estimée entre 55 % et 70 %), mais le pays est dirigé par une monarchie sunnite héréditaire. Cette division religieuse et politique est au cœur des tensions actuelles. Bahreïn est géographiquement proche de l’Arabie saoudite, avec laquelle il est relié par la chaussée du Roi-Fahd, et entretient des relations complexes avec l’Iran, pays chiite voisin. Depuis le début de la guerre en Iran en 2026, les autorités bahreïnies ont renforcé les restrictions envers la communauté chiite locale, craignant des liens avec Téhéran ou des manifestations de soutien à l’Iran.
Les chiites de Bahreïn subissent une marginalisation historique sur les plans social, culturel et politique. Le gouvernement sunnite exclut le chiisme de son récit officiel et ne propose pas d’émissions religieuses adaptées à cette communauté. Le parti d’opposition chiite Wefaq, le plus important du pays, est interdit depuis plus de dix ans. Les chiites dénoncent une exclusion systémique, tandis que les autorités les accusent parfois de loyauté envers l’Iran, notamment depuis le début du conflit régional en 2026. Cette situation crée un climat de méfiance et de division au sein de la société bahreïnie.
Depuis le début de la guerre en Iran et les frappes américaines contre Téhéran en 2026, les autorités bahreïnies ont instauré des mesures strictes à l’encontre des chiites. Ces restrictions concernent les rassemblements religieux, les commémorations et les déplacements à l’étranger. Les autorités justifient ces mesures par des raisons de sécurité, mais elles sont perçues par une partie de la communauté chiite comme une punition collective. Par exemple, les commémorations de l’imam Hussein, un événement religieux chiite majeur, sont désormais soumises à des contrôles renforcés. Ces restrictions exacerbent les tensions entre la majorité chiite et le pouvoir sunnite.
Les chiites de Bahreïn se plaignent d’être victimes de discriminations collectives, tandis que les partisans du gouvernement les accusent de servir les intérêts de l’Iran. Cette polarisation s’est intensifiée après l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei en 2026, qui a provoqué des manifestations de soutien à l’Iran dans plusieurs pays, dont Bahreïn. Les autorités bahreïnies craignent que ces mouvements ne déstabilisent le pays, surtout en raison de sa proximité géographique avec l’Arabie saoudite et l’Iran. Cette situation illustre les tensions sectaires entre chiites et sunnites dans la région du Golfe.
Bahreïn est un terrain d’affrontement indirect entre l’Arabie saoudite et l’Iran, deux puissances régionales aux visions opposées. L’Arabie saoudite, pays sunnite, soutient le gouvernement bahreïni, tandis que l’Iran, pays chiite, est perçu comme un protecteur potentiel de la minorité chiite locale. Cette rivalité géopolitique et religieuse se manifeste par des pressions accrues sur les chiites de Bahreïn, accusés de double allégeance. Le pays, situé à un carrefour stratégique, devient ainsi un symbole des conflits par procuration qui traversent le Moyen-Orient.

