La CAQ peut-elle sortir du Noui?
La situation actuelle de la CAQ rappelle le parcours de la défunte Union nationale dans les années 1970..
La Coalition avenir Québec (CAQ) a longtemps adopté une position floue concernant la question de la souveraineté du Québec, souvent résumée par le terme Noui (contraction de Non et Oui). Cette ambiguïté a été critiquée, notamment par l’ancien ministre Benoit Charette, qui estime que la CAQ aurait dû clairement se ranger dans le camp du Non lors d’un éventuel référendum sur l’indépendance. Un sondage Léger réalisé un mois avant une élection a révélé que 87 % des partisans de la CAQ auraient voté Non à un référendum sur la souveraineté, tandis qu’une minorité, comme l’ex-ministre Mathieu Lacombe, auraient choisi le Oui. Malgré ces préférences claires, la dirigeante de la CAQ, Christine Fréchette, a refusé de préciser la position de son parti, se contentant d’affirmer que la CAQ s’opposait à la tenue d’un référendum sans prendre position sur son résultat.
La stratégie du Noui a coïncidé avec une perte significative de soutien pour la CAQ, qui n’a plus aucun député à l’Assemblée nationale après une défaite électorale. Cette situation force le parti à clarifier sa position sur la souveraineté, car il ne pourra plus prétendre bloquer un référendum. Le conseil exécutif national de la CAQ a désigné Mathieu Lévesque comme chef intérimaire, qui a réaffirmé que la CAQ représentait toujours une véritable troisième voie, une position qui semble de plus en plus difficile à défendre. La CAQ tente ainsi de se distinguer du Parti conservateur du Québec, qui revendique également cette troisième voie. La transition sera assurée par Lévesque, qui n’aura pas à prendre de positions controversées à l’Assemblée nationale, laissant cette responsabilité au futur chef permanent.
Deux candidats principaux sont pressentis pour succéder à Christine Fréchette à la tête de la CAQ : Ian Lafrenière et Simon Jolin-Barrette. Lafrenière, connu pour avoir affiché un drapeau du Canada dans son bureau, serait clairement dans le camp du Non en cas de référendum, tandis que Jolin-Barrette, plus nationaliste, serait probablement dans le camp du Oui. Leur position personnelle ne pourra plus être ignorée, contrairement à ce que faisait la CAQ jusqu’à présent. La course à la direction s’annonce serrée, mais elle pourrait être éclipsée par les défis politiques du gouvernement minoritaire de Paul St-Pierre Plamondon, qui dirige le Parti québécois (PQ).
L’histoire de la CAQ rappelle celle de l’Union nationale (UN), un parti québécois disparu dans les années 1980. Après sa défaite en 1970, l’UN a tenté de se positionner comme une troisième voie entre le fédéralisme et l’indépendantisme, sans succès. Sous la direction de Gabriel Loubier, le parti a tenté de survivre en évitant de prendre position, mais aux élections de 1973, aucun de ses députés n’a été réélu. Cependant, l’UN a connu un sursaut en 1976 sous Rodrigue Biron, qui a finalement voté Oui au référendum de 1980 avant de rejoindre le PQ. Cette histoire illustre les difficultés des partis à maintenir une position ambiguë sur la souveraineté, surtout lorsque les électeurs attendent une clarification.
La CAQ se trouve à un carrefour : soit elle abandonne la stratégie du *Noui* et prend clairement position pour ou contre la souveraineté, soit elle risque de disparaître comme l’Union nationale. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si la *troisième voie* peut encore séduire les électeurs ou si elle n’est qu’un moyen de reporter une décision difficile. Le choix du futur chef sera crucial, car il devra trancher une question qui divise profondément la société québécoise. Quelle que soit sa décision, la CAQ ne pourra plus se cacher derrière l’ambiguïté, sous peine de perdre toute crédibilité.

