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Généraliste

L’expansion du privé en santé doit cesser, plaide le Collège des médecins

Le Devoir · mis à jour 21 sept.

Le privé «n’est pas nécessairement plus performant», conclut un rapport qu’a commandé l’ordre professionnel..

Demande du Collège des médecins

Le Collège des médecins du Québec (ordre professionnel qui représente les médecins de la province) demande au futur gouvernement de limiter l’expansion du secteur privé dans les soins de santé. Selon lui, le privé n’est pas nécessairement plus efficace que le public, contrairement à une idée reçue. Cette position s’appuie sur un rapport récent commandé par l’ordre professionnel, qui souligne que l’augmentation du privé pourrait devenir difficile à contrôler si aucune mesure n’est prise. Le président du Collège, le Dr Mauril Gaudreault, insiste sur cette nécessité depuis deux ans, affirmant que « il faut cesser son expansion avant que ce soit difficilement contrôlable ». Le Québec compte actuellement plus de 800 médecins qui ne participent pas au régime public, mais depuis le printemps 2025, ceux-ci doivent obtenir une autorisation pour quitter le système public et pratiquer dans le privé.

Délais d'attente et accès aux soins

La principale raison pour laquelle les patients se tournent vers le privé est la réduction des temps d’attente pour des soins, notamment des opérations chirurgicales. Une étude commandée par le Collège des médecins, réalisée par Antoine Rondeau (enseignant en sciences économiques) et Olivier Jacques (professeur en santé publique), montre que dans certains cas, le privé a permis de diminuer ces délais à court terme. Cependant, ces gains ne sont pas durables : à long terme, le départ de médecins vers le privé peut même aggraver la situation en réduisant les ressources disponibles dans le réseau public. Par exemple, les établissements privés ont tendance à privilégier les cas les moins complexes et les moins coûteux, laissant les patients plus lourds aux soins publics. Cela crée une inégalité d’accès aux soins selon les moyens financiers.

Médecine à deux vitesses

Le Dr Mauril Gaudreault craint l’émergence d’une médecine à deux vitesses au Québec, où les personnes aisées pourraient accéder plus rapidement à des soins de qualité, tandis que les autres devraient se contenter du système public, souvent plus lent. Cette situation inéquitable est un risque majeur selon le Collège des médecins, qui rappelle que la santé doit rester un droit universel et non un privilège lié aux revenus. Pour éviter cela, le Collège propose d’interdire aux médecins de quitter le régime public pour exercer uniquement dans le privé, tout en permettant aux médecins déjà en situation irrégulière de conserver leur statut (clause de droits acquis).

Propositions politiques divergentes

Les partis politiques québécois ont des positions différentes sur la question. La cheffe caquiste Christine Fréchette souhaite réduire de 12 à 9 mois le délai avant qu’un patient en attente d’une opération dans le public puisse être dirigé vers le privé, sans frais. Le Parti conservateur du Québec voit le privé comme un outil complémentaire pour améliorer l’accès aux soins et propose d’autoriser une pratique mixte (public et privé) pour les médecins, sous réserve d’une présence minimale dans le public. À l’inverse, Québec solidaire, le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ) privilégient un renforcement du système public. Le PQ souligne par ailleurs qu’une opération chirurgicale en clinique privée coûte en moyenne 35 % plus cher qu’au public, selon une révélation de Le Devoir en juillet.

Ce que ça pourrait changer

Freiner l’expansion du privé ne suffit pas selon le Collège des médecins : il faut aussi améliorer le réseau public. Le Dr Gaudreault mise sur la *politique québécoise sur les soins et services de première ligne*, dévoilée au printemps 2024, qui prévoit de rattacher chaque Québécois à un territoire de CLSC (Centre local de services communautaires) pour faciliter l’accès aux soins près de chez soi. Un plan d’action pour concrétiser cette politique doit être présenté en 2027. Le président du Collège insiste sur l’urgence d’agir, déclarant que « *ça presse* ». L’objectif est de rendre le public plus performant et attractif pour éviter que les patients ne se tournent vers le privé par désespoir.

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