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Géopolitique

Dans l’extrême-ouest de l’Ukraine, comment la guerre a transformé la Transcarpatie

Courrier International · mis à jour il y a 28 j

Historiquement isolée, cette région voit affluer usines et capitaux et se construire des villas de luxe. Mais une misère séculaire et abyssale perdure : à côté des propriétés dotées de puits privés, des habitants vont encore puiser l’eau au ruisseau en plein hiver, relève le site tchèque “Voxpot” sur place..

Une région isolée

La Transcarpatie est une région montagneuse située à l’extrême-ouest de l’Ukraine, frontalière avec la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie, tous membres de l’OTAN. Historiquement isolée, elle a longtemps été perçue comme un simple couloir de transit pour les personnes fuyant vers l’Union européenne lors des crises, notamment après l’invasion russe de février 2022. Avant la guerre, cette région, aussi appelée Ruthénie subcarpatique, dépendait principalement de subventions et de l’agriculture. Son isolement géographique, marqué par les Carpates, limitait son développement économique. Aujourd’hui, elle incarne un contraste saisissant entre modernité et précarité.

Deux réalités économiques

Dans la Transcarpatie, deux réalités économiques coexistent. D’un côté, des villages comme Kolochava, où des familles de soldats ukrainiens viennent se réfugier, voient leurs pensions touristiques se vider. Les groupes de touristes d’Europe centrale, autrefois fréquents, ont disparu. De l’autre côté, à Oujhorod, la capitale régionale, des usines ultramodernes équipées de machines-outils à commande numérique (CNC) tournent à plein régime. Ces machines, pilotées par ordinateur, permettent une production précise et automatisée. Cette dualité reflète une révolution industrielle non planifiée, selon les économistes ukrainiens, où la guerre a accéléré des changements structurels inattendus.

Boom industriel inattendu

Depuis 2022, la Transcarpatie connaît un afflux d’usines et de capitaux, transformant son paysage économique. Des chaînes de production ultramodernes, souvent financées par des investisseurs locaux ou étrangers, s’installent dans la région. Ce phénomène s’explique par plusieurs facteurs : la proximité avec l’Union européenne, la main-d’œuvre disponible et les avantages fiscaux ou logistiques offerts par la guerre. Cependant, cette croissance reste inégale. Les économistes ukrainiens qualifient ce changement de révolution industrielle non planifiée, car il n’a pas été anticipé ni encadré par des politiques publiques. Les retombées économiques ne profitent pas à l’ensemble de la population.

Luxe et précarité extrême

Dans la région, le contraste entre richesse et pauvreté est frappant. Des villas de luxe, équipées de puits privés, côtoient des habitations où les habitants doivent encore puiser de l’eau dans des ruisseaux en plein hiver, faute d’infrastructures. Cette misère séculaire persiste malgré le boom économique. Par exemple, à côté des propriétés modernes, des familles utilisent encore des méthodes traditionnelles pour subvenir à leurs besoins. Cette disparité illustre les inégalités structurelles de la Transcarpatie, où une minorité bénéficie de la croissance tandis que la majorité reste en marge. Les subventions historiques, autrefois vitales, ne suffisent plus à combler ces écarts.

Impact de la guerre sur le tourisme

Avant la guerre, la Transcarpatie attirait des touristes d’Europe centrale, notamment pour ses paysages montagneux et son patrimoine culturel. Cependant, l’invasion russe de février 2022 a bouleversé cette dynamique. Les voyages en groupe, souvent organisés en autocar, ont cessé. Les pensions et hôtels, autrefois pleins, sont aujourd’hui à moitié vides. Seuls les soldats ukrainiens et leurs familles viennent s’y réfugier pour échapper aux sirènes des bombardements dans d’autres régions du pays. Ce déclin du tourisme a accentué les difficultés économiques de nombreux habitants, dépendants de cette activité.

Dépendance historique aux subventions

La Transcarpatie a toujours été une région structurellement dépendante des subventions, notamment celles de l’État ukrainien ou de l’Union européenne. Avant la guerre, ces aides permettaient de financer des infrastructures, des services publics et des projets agricoles. Cependant, la guerre a redistribué les priorités : une partie des fonds a été réorientée vers la défense nationale et les régions frontalières avec la Russie. Résultat, les subventions pour la Transcarpatie ont diminué, aggravant les inégalités et la précarité. Cette dépendance historique limite aujourd’hui la capacité de la région à absorber les chocs économiques sans soutien extérieur.

Ce que ça pourrait changer

La Transcarpatie occupe une position géopolitique stratégique, bordée par quatre pays membres de l’OTAN (Pologne, Slovaquie, Hongrie, Roumanie). Cette situation en fait une région sous surveillance, tant pour l’Ukraine que pour ses voisins. Avant la guerre, cette position permettait des échanges commerciaux et touristiques avec l’Europe centrale. Aujourd’hui, elle attire des investisseurs cherchant à contourner les sanctions contre la Russie ou à profiter de la stabilité relative de l’Ukraine occidentale. Cependant, cette proximité avec l’OTAN expose aussi la région à des risques géopolitiques, comme des tensions avec la Hongrie, qui entretient des relations ambiguës avec Moscou.

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