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Société

Les doudous ont-ils une place dans les classes?

Slate FR · mis à jour il y a 17 j

Alors que la question de la place du doudou lors des premiers pas à l'école s'invite à chaque rentrée, nombreux sont les professeurs à tenter de capitaliser sur la figure de la peluche en expérimentant une mascotte de classe. Pour quels bénéfices sur l'enseignement?.

Rentrée scolaire et doudous

En septembre 2026, des millions d'enfants français reprennent le chemin de l'école, dont certains pour la première fois. Cette rentrée marque souvent une séparation difficile avec leur doudou, un objet transitionnel qui les aide à se rassurer. Cette transition peut être vécue comme un moment de stress tant pour les enfants que pour leurs parents, les enfants exprimant leur anxiété par des pleurs ou des cris. Historiquement, en 2003, le ministère de l'Éducation nationale en France avait indiqué que les doudous n'étaient plus nécessaires une fois que l'enfant avait accepté le cadre scolaire. Cependant, cette position officielle ne fait pas consensus parmi les enseignants.

Mascotte de classe : Grognon

Nathan Cassin, professeur des écoles depuis 2023 et connu sous le pseudonyme Maître Nathan sur TikTok (80 000 abonné·e·s), a introduit en 2025 une mascotte de classe nommée Grognon dans ses classes de petite et moyenne section. Cette peluche réversible, avec un visage joyeux d'un côté et triste de l'autre, permet aux élèves de réguler le bruit en classe. Les enfants placent Grognon en mode triste lorsqu'ils jugent le niveau sonore trop élevé. Cette méthode responsabilise les élèves dès le plus jeune âge et désamorce les conflits en évitant une confrontation directe avec l'enseignant. Grognon passe également le week-end chez un·e élève différent·e chaque semaine, avec pour mission de noter son week-end dans un cahier de Grognon afin de le partager avec la classe le lundi. Cela vise à renforcer la confiance en soi, développer les compétences orales et préparer les enfants à des exercices futurs comme les poésies ou les exposés.

Rôle de médiateur de la mascotte

Benjamin Maria, étudiant en master MEEF (Métiers de l'Enseignement, de l'Éducation et de la Formation) à l'université de Caen Normandie et à l'INSPE de Normandie Caen, et Dorine Vigneron, également étudiante en master, ont consacré un mémoire en 2026 aux mascottes de classe. Selon eux, la mascotte ne sert pas directement à enseigner des connaissances, mais agit comme un médiateur en facilitant les interactions entre élèves et enseignant·e·s. Elle crée un environnement propice à l'expression et à l'apprentissage. La mascotte peut aussi servir de repère rassurant pour les enfants, car elle évoque un objet familier depuis la petite enfance. Dorine Vigneron prévoit d'introduire une mascotte dans ses cours d'anglais en CM1 pour symboliser le changement de langue, tandis que Benjamin Maria souhaite l'intégrer au quotidien comme un membre à part entière de la classe pour renforcer le sentiment d'appartenance au groupe.

Usages pédagogiques variés

Les mascottes de classe peuvent être utilisées pour aborder des sujets sensibles comme l'intimité personnelle, en lien avec le programme EVAR (Éveil à la Vie Affective et Relationnelle), qui inclut des discussions sur le corps, le consentement et les relations. Elles peuvent également servir à enseigner des gestes de premier secours en servant de modèle. Cependant, leur efficacité dépend d'un travail de médiation réalisé par l'enseignant·e. Introduire une mascotte sans expliquer son rôle ou ses objectifs pédagogiques aux élèves et aux parents limite son utilité. Les deux étudiant·e·s soulignent que la mascotte doit être un outil au service d'un projet éducatif clair et partagé.

Limites et adaptations

Si les mascottes de classe sont principalement utilisées en maternelle et en primaire, leur pertinence diminue avec l'âge des enfants. Dorine Vigneron estime que les adolescent·e·s, en quête d'autonomie, associent souvent les peluches à une activité infantile. Malgré cela, des outils comme l'application Duolingo, dont la mascotte est une chouette verte nommée Duo, montrent que les mascottes peuvent aussi être utilisées pour motiver des apprenant·e·s plus âgés. Benjamin Maria note que Duolingo fonctionne sur un principe similaire à une mascotte de classe, en rendant l'apprentissage ludique, mais que son intérêt pédagogique réel réside dans sa capacité à transformer le rapport à l'apprentissage en modifiant la perception de la tâche par l'apprenant·e.

Ce que ça pourrait changer

L'adhésion des élèves aux mascottes de classe n'est pas systématique. Benjamin Maria rapporte que certains enseignant·e·s observent que, dans chaque classe, un·e élève peut ne pas s'investir dans le projet. Malgré cela, les retours sont globalement positifs, avec des bénéfices observés sur la régulation du bruit, la participation orale et la cohésion de groupe. L'efficacité dépend largement de la manière dont l'enseignant·e intègre la mascotte dans sa pédagogie et communique sur ses objectifs. Les mascottes ne remplacent pas les doudous personnels des enfants, mais offrent un cadre structurant pour des activités spécifiques en classe.

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