La respiration nous permet de communiquer avec nous-mêmes, avec les autres et avec les robots
Les œuvres d’art et les robots peuvent aussi respirer ! UMRS 1158 , Fourni par l'auteur La respiration n’a pas comme unique fonction de nous apporter de l’oxygène et d’éliminer du dioxyde de carbone. Loin de là.
La respiration n’a pas pour seule fonction d’apporter de l’oxygène et d’éliminer du dioxyde de carbone. Elle joue aussi un rôle clé dans la communication, que ce soit avec soi-même, avec les autres ou même avec des robots. Contrairement aux fonctions vitales automatiques comme le battement du cœur ou la digestion, la respiration peut être contrôlée temporairement par le cerveau. Ce contrôle provient du système nerveux central, qui commande les muscles respiratoires comme le diaphragme, une coupole musculaire séparant le thorax de l’abdomen. Ces muscles sont activés par des neurones de la moelle épinière, eux-mêmes influencés par le cortex cérébral, permettant une maîtrise consciente du souffle. Cette particularité unique à la respiration explique pourquoi elle est essentielle pour parler, chanter ou jouer d’un instrument à vent.
La respiration est un moyen de communication à la fois visible et audible. Elle transmet des émotions comme l’impatience, la colère ou la fatigue, non seulement par des soupirs explicites, mais aussi par des variations subtiles de sa fréquence et de son amplitude. Par exemple, une respiration lente et profonde peut indiquer un état de calme, tandis qu’une respiration rapide et superficielle peut refléter de l’anxiété. Ces signaux sont souvent inconscients et forment une « signature motrice respiratoire » propre à chaque individu, similaire à une empreinte digitale. Cette synchronisation respiratoire peut aussi créer un lien entre les personnes, favorisant la coopération. De plus, le cerveau utilise les informations envoyées par les muscles respiratoires pour coordonner des fonctions cognitives comme la mémorisation ou la prise de décision.
La respiration influence directement le fonctionnement du cerveau. Des études ont montré que nous mémorisons mieux une image si elle nous est présentée pendant l’inspiration plutôt que pendant l’expiration. Cette propriété est exploitée dans de nombreuses approches psychocorporelles, comme la méditation ou le yoga, qui utilisent le contrôle de la respiration pour apaiser l’esprit. Le cerveau reçoit en permanence des milliers de messages en provenance de l’appareil respiratoire, qui servent d’échafaudage pour organiser l’activité de différentes zones cérébrales. Ainsi, modifier sa respiration peut avoir un impact direct sur notre état mental et émotionnel.
La respiration est un indicateur de vie, utilisé même par les enfants pour distinguer le vivant du non-vivant. Des chercheurs de l’UMRS 1158 Inserm-Sorbonne Université et de l’Institut des systèmes intelligents et de robotique ont exploré l’impact de la respiration sur les interactions entre humains et robots. Ils ont programmé deux robots humanoïdes Pepper pour interagir avec des humains : l’un avec des mouvements aléatoires, l’autre avec une respiration simulée (mouvements du torse et souffle discret). Les participants ont trouvé le robot respirant plus « vivant », « intelligent » et « rassurant », passant davantage de temps à observer son visage et prolongeant l’interaction. La respiration du robot a été le facteur le plus significatif pour augmenter le temps de regard, devant même le niveau d’empathie des interlocuteurs humains.
L’œuvre d’art *Réespiration*, créée par Samuel Bianchini et une équipe multidisciplinaire, illustre l’impact de la respiration dans l’art. Cette installation combine robotique souple, intelligence artificielle et design pour simuler une respiration humaine, synchronisée avec celle du spectateur. Les premières observations montrent que la présence de cette œuvre induit un état de détente et d’apaisement chez le public, favorisant même un état modifié de conscience. L’objectif est d’explorer les applications potentielles de cette technologie, notamment dans le domaine médical pour soulager l’anxiété ou aider les patients atteints de maladies respiratoires chroniques. L’œuvre repose sur un algorithme entraîné pour reproduire des rythmes respiratoires humains et les adapter en temps réel.

