Migration : Guterres dénonce la peur et la désinformation
Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a exhorté jeudi la communauté internationale à mieux gérer les migrations mondiales par une coopération renforcée, dénonçant une montée de la peur, de la désinformation et des atteintes aux droits des migrants..
António Guterres, secrétaire général des Nations Unies, a souligné lors du Forum d’examen des migrations internationales à New York que la vraie crise liée à la migration n’est pas son existence, mais l’incapacité collective des États à la gérer de manière coordonnée. Il a dénoncé l’utilisation des migrants comme boucs émissaires dans les discours politiques, une pratique qui les déshumanise et conduit à une augmentation des violations de leurs droits fondamentaux. Selon lui, la migration est un phénomène historique qui a toujours façonné les sociétés, contribué à la croissance économique et favorisé l’innovation à l’échelle mondiale. Le Forum, organisé tous les quatre ans, évalue la mise en œuvre du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, un accord international adopté en 2018 pour encadrer les politiques migratoires.
Le secrétaire général a présenté un rapport alarmant lors du Forum : au moins 200 000 personnes, majoritairement des femmes et des filles, ont été victimes de trafic d’êtres humains entre 2022 et 2026. Par ailleurs, plus de 15 000 migrants sont morts ou ont disparu sur les routes migratoires ces deux dernières années. Le rapport révèle aussi que des familles entières et des enfants sont encore détenus, tandis que des travailleurs migrants subissent des conditions d’exploitation et sont privés de protection sociale. Ces chiffres illustrent l’urgence d’agir pour protéger les droits des migrants et améliorer la gestion des flux migratoires.
António Guterres a proposé six mesures clés pour respecter les engagements du Pacte mondial. La première priorité est de placer les droits humains au cœur des politiques migratoires, en mettant fin aux pratiques discriminatoires et en privilégiant des alternatives à la détention, notamment pour les enfants et les familles. Il a aussi appelé à garantir un meilleur accès des migrants à l’éducation, au logement, aux soins de santé et à la protection sociale, tout en renforçant la protection des femmes et des filles contre la traite et les violences. Ces mesures visent à humaniser le traitement des migrants et à éviter leur marginalisation.
Pour rendre la migration plus sûre, le secrétaire général a insisté sur la nécessité de développer des systèmes d’alerte plus performants, des données plus fiables et des opérations de recherche et sauvetage renforcées, dans le respect du droit international. Il a également souligné l’importance de démanteler les réseaux criminels transnationaux de passeurs et trafiquants, qu’il qualifie de menace majeure. Selon lui, les efforts actuels contre ces réseaux restent insuffisants comparés à ceux déployés contre le trafic de drogue. Une coopération policière et judiciaire accrue, ainsi qu’un assèchement de leurs financements, sont indispensables pour lutter efficacement contre ces criminels.
António Guterres a plaidé pour l’élargissement des voies de migration régulière, notamment pour les étudiants, les travailleurs et les familles. Ces filières accessibles et équitables permettraient de réduire les migrations irrégulières et l’exploitation des migrants. Il a aussi appelé à investir massivement dans les pays d’origine pour offrir des perspectives économiques et des emplois, afin que la migration devienne un choix volontaire et non une nécessité. Depuis 2019, le Fonds fiduciaire pluripartenaire des Nations Unies pour les migrations a mobilisé 68 millions de dollars pour soutenir ces politiques. L’objectif est de montrer que la coopération multilatérale peut produire des résultats concrets.
Annalena Baerbock, présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, a rappelé que les migrants jouent un rôle essentiel dans les économies des pays d’accueil. Sans eux, de nombreux pays industrialisés, confrontés à une baisse de la natalité et à un besoin croissant de main-d’œuvre, auraient du mal à prospérer. Par exemple, en Australie, plus de 40 % des infirmiers et 50 % des médecins sont nés à l’étranger. Dans certains pays du Golfe, les immigrés représentent jusqu’à 90 % de la population active. Aux États-Unis, plus de 40 % des lauréats du prix Nobel sont nés hors du pays. Cependant, Baerbock a averti que la migration ne peut réussir que si les défis qu’elle pose, comme la pression sur les systèmes sociaux ou les marchés du logement, sont pris en compte.
Annalena Baerbock a souligné que la migration mal gérée peut devenir une source de *division* et de *polarisation toxique* dans les sociétés. Pour éviter cela, elle a plaidé pour des *systèmes migratoires bien gérés* qui profitent à la fois aux nouveaux arrivants et aux communautés d’accueil, tout en préservant la *confiance du public*. Elle a insisté sur la nécessité de ne pas fuir les défis liés à l’intégration, comme l’accès aux services publics ou l’adaptation des infrastructures. Selon elle, une approche équilibrée est indispensable pour faire de la migration un facteur de cohésion plutôt que de conflit.

